RESPETH 7 – 2019
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SOMMAIRE
POURQUOI HEIDEGGER ?…………………………………..9
- Heidegger et la nouvelle tonalité affective de l’être humain, TECHOU (Roland)……………………………………………… 11
- Sur la question de la technique : Distance et Proximité entre Jacques ELLUL et Martin HEIDEGGER, REGNIMA (Ouandé Armand)………………………………………….. 24
- De la technique comme onto-phénoménologie à l’ère moderne, NANOU (Mamboh Mathieu)……………………………………………… 42
- De l’essence de la parole chez Martin Heidegger, KOMENAN (Gervais Kouassi)…………………………………………… 58
- La critique du rejet heideggérien de l’a priori kantien, KOUASSI (Kpa Yao Raoul)…………………………………………… 73
POURQUOI HEIDEGGER ?
Dans la langue de sa pensée, Heidegger dit que l’Être est la présence du présent ; cela apparaît comme une explicitation de cette catégorie fondamentale de la métaphysique occidentale. Qu’une Revue scientifique, en terre africaine, soit consacrée à rendre explicite l’intuition du dernier des grands penseurs de l’être, n’implique pas moins une question importante qu’il faudrait immédiatement poser, à savoir : Y a-t-il un intérêt à réfléchir, avec Heidegger, sur le sens et la vérité de l’être, pour des êtres dont l’histoire consciente demeure encore très problématique dans l’imaginaire de beaucoup de blancs ? Cette question, en se la posant, ne s’inscrit nullement dans un conflit d’identité ou de capacité historiale ; elle vise plutôt à scruter un implicite qui structure tout grand philosopher : Le rapport de la conscience aux choses. Ce rapport ne peut être esquivé, sous aucun prétexte, pour autant que l’homme, quelle que soit sa particularité individuelle ou collective, ne peut pas ne pas comprendre que le point de départ de l’histoire s’inscrit nécessairement dans ce rapport. Au fond, au-delà de tout ce qui nous préoccupe, et qui peut parfois devenir objet de divergences ou même de conflits, souvent violents, il y a une chose qui nous détermine tous : nous sommes des consciences devant les déterminités. Et la conscience ne parvient à sa vérité que dans une appartenance essentielle au Concept, comme expression d’une pensée substantielle de son rapport aux choses. De ce point de vue, ce rapport n’est pas un simple rapport, il est si complexe qu’une complaisance à son égard influence négativement la marche dans l’histoire de tout peuple. La qualité de cette marche est donc déterminée par le sérieux et la profondeur avec lesquels l’on se pense dans la présence des choses. Husserl, dont la philosophie est une réappropriation de la conscience, dans son essentialité, nous permet de bien comprendre qu’une pensée rigoureuse ne peut se dispenser de la vérité de la conscience dans son rapport aux choses, d’où la nécessité fondamentale de l’époché, pour accéder au moi transcendantal ; car une conscience encombrée de psychologisme rend impossible l’effectivité exacte de celle-ci dans son intentionnalité. C’est la réduction transcendantale pour désobstruer le rapport de la conscience aux choses. Le retour aux choses ou « droit aux choses mêmes », comme idée substantielle de la phénoménologie husserlienne, est le retour de la conscience dans sa pureté originelle, seul gage pour rendre la philosophie, c’est-à-dire le Concept, à sa propre vérité, comme science rigoureuse. Le célèbre article de Husserl, La philosophie comme science rigoureuse, paru en 1911, en donne la pleine mesure. La conscience, étant le fondement premier de toute science, y compris la philosophie en premier, exige d’être pensée en soi, comme conscience transcendantale, pour donner au Concept toute la rigueur de son sens. La rigueur de la conscience, qui s’atteste dans la réduction phénoménologique, chez Husserl, traverse toute la pensée de Heidegger, qui l’enracine dans une expérience plus originaire et plus originelle, celle avec l’Être.
Quand j’essaie de faire attention à mon environnement, je vois les choses-ci : à côté, un chien ; devant, une maison ; plus loin, un arbre. Ces choses seraient-elles spécifiques à mon environnement ? N’existeraient-elles pas ailleurs, à des milliers de kilomètres, à Katmandou au Népal par exemple ? Si, mais, on pourrait objecter que mon chien n’est pas le même que celui du Népal. Sans doute, mais si on admet que mon chien et celui du Népal sont des chiens, il va sans dire que quelque chose de plus profond les détermine, de telle manière que, malgré l’évidente différence, ils demeurent des chiens. Notre pensée, qui les identifie comme chiens, se pose sur la réalité non perceptible, qui, dans sa profonde vérité, permet de déterminer le chien comme chien. Ainsi, la pensée, dans son propre, se conçoit et se fonde sur le non-présent, en tant qu’il est l’indéterminable dans le déterminable-présent. Et c’est là toute la pertinence du penser heideggérien. La tentation constante d’être envahie par le présent empêche la pensée de se déployer rigoureusement pour donner à la conscience toute sa vérité.
Penser la pensée, dans son appartenance à l’Être, pour la préserver de l’invasion de l’étance, reste une idée éternellement « jeune », qui implique, sans aucun doute, la préservation absolue de l’identité essentielle, sans laquelle, de toute évidence, rien de substantiel ne peut être construit, pour donner à l’histoire la plénitude de son sens. La question de la pensée est une question d’humanité qui ne saurait être circonscrite à une aire géographique, dans la mesure où le rapport de l’homme à l’étant est un rapport qui structure, de manière universelle, son existence.
Mieux, penser la pensée pour mieux la rendre à l’homme, afin de lui permettre d’habiter, dans la sérénité, la terre, où l’étant devient absolu, exige une méditation sur le rapport de l’étant à l’être. Un rapport dans lequel l’étant est dans la dépendance de l’être. L’étant se structure dans une articulation nécessaire à l’être. Cette nécessaire articulation, disloquée par la métaphysique de l’étant, est si absolue que Heidegger, dès les premières pages de Être et Temps, fait le constat suivant : « La question de l’être est aujourd’hui tombée dans l’oubli » (Heidegger, 1986, p. 25). Mais au préalable, il n’a pas manqué de dire ceci, dont la gravité permet de mesurer tout l’enjeu de sa pensée : « Avons-nous une réponse à la question de savoir ce que nous voulons dire exactement avec le mot « étant » ? Aucunement. Dans ces conditions, il faut poser en termes tout à fait neufs la question du sens de l’être. Sommes-nous donc seulement aujourd’hui encore dans l’aporie de ne pas entendre l’expression « être » ? Aucunement. Dans ces conditions, le plus urgent, c’est de réveiller une entente pour le sens de cette question » (Idem, p. 21). Il s’agit, alors, de pousser à fond le rapport de l’homme au savoir pour qu’advienne et se maintienne, sans prétention et de manière définitive, son essence pensante, si tant est que rien ne peut possibiliser son existence, s’il n’est radicalement établi dans cette essence. Car, dit Heidegger, « savoir est la sauvegarde pensante de la garde de l’être » (Heidegger, 1958, p. 420). Cette garde, dans laquelle l’homme accomplit la splendeur de son humanité, n’est spécifique à aucune race et à aucun continent, sauf si nous admettions que la pensée ne serait pas le propre de l’homme. Pour avoir commencé en Grèce que Hegel qualifie comme le point lumineux de l’histoire universelle, la pensée, dans l’appartenance à son essence, comme objectivation rigoureuse et profonde de la conscience dans son rapport aux choses, déborde la seule Grèce, et poursuit sa marche radicale, vers le lieu essentiel où l’homme est pleinement chez soi. Peu importe la manière avec laquelle elle parvient aux peuples, qu’elle soit embastillée dans un impérialiste colonial, il nous faut l’accueillir, avec grande sérénité et lui permettre de croître dans le secret de sa puissance, qui rend puissants les peuples qui savent la contempler dans la splendeur de sa vérité. Là se trouve, paradoxalement, l’authentique chemin de liberté, parce qu’est libre celui qui se déploie dans la Libre-Étendue, où sont brisées les idoles de nos excessifs particularismes et de nos primitivités, dénuées du saut qualitatif, nous empêchant ainsi de saisir la profondeur de cette idée heideggérienne : Là où croît le péril, là aussi croit ce qui sauve. Ce qui suppose qu’il faut, dès la départ, écarter, avec une violence salutaire, l’idée d’une rationalité multiple, comme si « un plus un » feraient, ailleurs, autre chose que deux. La logique n’est ni culturelle, ni géographique, c’est le propre de l’esprit ; et l’essence de l’esprit, selon Hegel, réside dans la conscience de soi, conscience parvenant à son contenu comme Concept. Ce Concept est grec ; et nous sommes, pour ainsi dire, des Grecs. Serait-il scandaleux d’affirmer pareille chose ? Ne faudrait-il pas revendiquer autre chose que la grécité, surtout que la Grèce actuelle est menacée de faillite, en raison de profondes difficultés économiques ? Aussi, pourrions-nous ironiser, de telles difficultés ne trouvent-elles pas leur fondement ultime dans un certain « oubli de l’Être » ? Y a-t-il donc, aujourd’hui, honneur à défendre une filiation grecque ? En bonne logique non, pas pour des raisons de grandeur économique, mais parce qu’un Noir ne peut pas avoir un ancêtre Blanc, alors qu’il n’est pas mulâtre. Alors que veut dire « nous sommes des Grecs ? » Heidegger nous donne l’excellente réponse : « Grec, cela ne signifie pas, dans notre façon de parler, une propriété ethnique, nationale culturelle ou anthropologique ; grec est le matin du destin sous la figure duquel l’être même s’éclaircit au sein de l’étant et en laquelle une futurition de l’homme, qui en tant qu’historial, a son cours dans les différents modes selon lesquels elle est maintenue dans l’être ou délaissée par lui, sans pourtant jamais en être coupée » (Heidegger, 1958, p. 405).
Dans une Afrique, où, cinquante ans après les indépendances, pour la plupart des pays francophones, la question des États modernes demeure encore très préoccupante, en raison d’une appropriation non encore suffisante des concepts fondamentaux comme la justice, la liberté, l’égalité sociale et politique, la rigueur au travail, concepts à partir desquels se construit tout peuple viable, une entreprise comme RESPETH, qui s’élève dans l’horizon de la pensée de l’Être, n’apparaît pas seulement juste mais nécessaire. Bien qu’elle ne soit pas au centre de la pensée heideggérienne, la pensée des valeurs et des exigences sociales et politiques ne sous-tend pas moins la question de l’être, si tant est que c’est au cœur d’un humanisme fondamental, comme pensée de l’Être, qu’émerge et acquiert consistance tout humanisme classique, comme valeurs humaines à promouvoir et à sauvegarder. Il serait, alors, prétentieux, de croire que la présente œuvre donnerait des directives à l’action de l’homme ; une telle orientation est, simplement, aux antipodes de la pensée de Martin Heidegger, pour qui la pensée est en soi une action radicale : « La pensée n’est pas d’abord promue au rang d’action du seul fait qu’un effet sort d’elle ou qu’elle est appliquée à La pensée agit en tant qu’elle pense. (…) Cet agir est probablement le plus simple en même que le plus haut, parce qu’il concerne la relation de l’homme à l’être » (Heidegger, 1966, p. 68). Pourquoi ? Parce que là où existent des distorsions sociales et des horizons historiques confus, la pensée ne s’est pas suffisamment accomplie, c’est-à-dire l’homme n’a pas, avec vigueur et rigueur, porté son essence dans la seule relation, qui lui donne tout son contenu, celle de l’être. Ne serait-il pas alors bien étonnant de montrer, avec rage, comme l’a fait Emmanuel Faye, que Heidegger est un théoricien du nazisme ? Ne serait-il pas tout à fait injuste d’enfermer le grand penseur de l’Être dans une courte séquence de sa vie (Six mois rectorat sous le régime des nazis), alors même que la commission de « Dénazification » (France-Lanord, 2013, p. 320-326) a eu lieu depuis le courant des années 1945-1949 ! L’image intime du philosophe de la Forêt Noire, qu’il convient tenir fermement, détruit radicalement le rectorat sous le nazisme. Pas plus que son génie de pensée ne peut être discrédité par son son histoire d’amour avec Hannah Arendt, pas plus les accointances avec le nazisme ne peuvent remettre en cause la profondeur de pensée du dernier des grands philosophes de notre temps. Le génie n’est pas Dieu ; et la grande intelligence n’est pas canonisation.
« Le présent est le rassemblement ordonnant et sauvegardant du présent en sa présence chaque fois séjournante » (Heidegger, 1958, p. 444). Apprendre à sauvegarder le présent pour habiter, de manière sereine l’humanité de l’homme, telle est, pour nous, l’absolue nécessité inesquivable. Apprendre à penser, avec Martin Heidegger, ce n’est pas apprendre à spéculer, c’est apprendre à être radicalement humain ; seul l’humain pense en poète, c’est-à-dire la pensée qui élève l’homme dans une harmonie intégrale, parce que pensée de l’Être. Alors, reprenant Hölderlin, Heidegger pouvait écrire : « Plein de mérites, c’est pourtant poétiquement que l’homme habite la terre ». Puissent nos présents « Pas » demeurer dans l’ouvert irradiant de l’Être, pour qu’advienne l’effectivité historique du Concept Vivant.
Jean Gobert TANOH
HEIDEGGER ET LA NOUVELLE TONALITÉ AFFECTIVE DE L’ÊTRE HUMAIN
Roland TECHOU
École Normale Supérieure (UAC) (Bénin)
Résumé : L’objectif de cet article est de montrer que la finitude est le fondement de l’entendement humain. On en déduit une nouvelle tonalité affective de l’être humain dont l’ontologie fondamentale de Martin Heidegger est le lieu d’élaboration. Pour le penseur du sens de l’être, c’est depuis Kant, dans sa Critique de la raison pure (1781) en tant qu’« analytique du schématisme » que la raison se pose comme raison-finie et, partant, doit dorénavant servir de fondement à la détermination de l’essence humaine. C’est ce que nous envisageons justifier sur la base de Kantbuch (Kant et le problème de la métaphysique), ouvrage rédigé par Heidegger en 1929. L’analytique de la finitude humaine offre une nouvelle compréhension de notre être-au-monde.
Mots-clés : CONNAISSANCE, FINITUDE, IMAGINATION, MÉTAPHYSIQUE, TRANSCENDANCE.
Abstract : The purpose of this article is to show that human finitude is the foundation of human understanding. We try to deduce a new affective tone of the human being that has been elaborated in the fundamental ontology of Martin Heidegger. For him (the thinker of the meaning of being), it was since Kant’s Critic of Pure Reason (1781) as « analytic of schematisme », that reason arises as a reason-finite and, therefore, must henceforth serve as a foundation for determination of the human essence. This is what we plan to justify on the basis of Kantbuch (Kant and the problem of metaphysics) written in 1929 by Martin Heidegger. The analytic of finitude thus provides a renewed understanding of our being-in-the-world.
Keywords: KNOWLEDGE, FINITUDE, IMAGINATION, METAPHYSICS, TRANSCENDENCE.
Références bibliographiques
DASTUR Françoise., 2009, « La question philosophique de la finitude », Cahiers de Gestalt-thérapie, 2009/1 (n° 23), p. 7-16.
COURTINE Jean-François, 2009, « Les méditations cartésiennes de martin Heidegger », Les Études philosophiques, Paris, Presses Universitaires de France, 2009/1 n° 88, 103 à 115
HEIDEGGER Martin, (1929) Kant et le problème de la métaphysique (GA 3), Edition bilingue, (1981), Frankfurt.
POIRIER Nicolas, 1999. « Le problème de l’être et la question de l’homme : Sur la polémique Cassirer – Heidegger ». Le Philosophoire, 9(3), 139-149.
RIVELAYGUE Jacques, 1992, Leçons de métaphysique allemande. Volume 2, Kant, Heidegger, Habermas, Paris, Grasset, 504 p.
TECHOU Roland, 2018, Phénoménologie du transcendant, Essai sur l’analytique de la finitude humaine, Cotonou, Flamboyant, 295 p.
SUR LA QUESTION DE LA TECHNIQUE : DISTANCE ET PROXIMITÉ ENTRE JACQUES ELLUL ET MARTIN HEIDEGGER
Ouandé Armand REGNIMA
Université Alassane OUATTARA, Bouaké (Côte d’Ivoire)
Résumé : Dans les années 1950, alors que la philosophie de la technique, entendue comme discipline systématique à l’intérieur de la philosophie, est encore à ses premiers pas, deux auteurs, J. Ellul et M. Heidegger, vont se démarquer par la profondeur de leurs pensées sur la question de la technique. Mais l’approche métaphysique et conceptuelle de cette question par Heidegger finira par l’opposer à l’approche critique et sociologique d’Ellul, au point de faire des deux penseurs des adversaires intellectuels. Et pourtant, une similitude fascinante ne cesse de se dégager de leurs œuvres. Il y a donc une distance et une proximité entre ces deux auteurs que ce texte se propose d’élucider, en ayant pour intention de mettre en exergue leurs contributions indéniables à l’émergence de la philosophie de la technique.
Mots-clés : MÉTAPHYSIQUE, PHILOSOPHIE, QUERELLE, SOCIOLOGIE, TECHNIQUE.
Abstract : In the 1950s, when the philosophy of technique, understood as a systematic discipline within philosophy, was still in its infancy, two authors, J. Ellul and M. Heidegger, stood out for the depth of their thoughts on the question of technique. But Heidegger’s metaphysical and conceptual approach to this question ended up opposing him to Ellul’s critical and sociological approach, to the point of making the two thinkers intellectual opponents. And yet, a fascinating similarity continues to emerge from their works. There is therefore a distance and a proximity between these two authors that this text intends to elucidate, with the intention of highlighting their undeniable contributions to the emergence of the philosophy of technique.
Keywords: METAPHYSICS, PHILOSOPHY, QUARREL, SOCIOLOGY, TECHNIQUE.
Références bibliographiques
ARJAKOVSKY Philippe, FEDIER et FRANCE-LANORD Hadrien (dir.), 2013, Le Dictionnaire Martin Heidegger : Vocabulaire polyphonique de sa pensée, Paris, Éd. du Cerf, 1400 p.
BERGAMIN José, 1937, « Pourquoi l’être plutôt que le néant ? », in Esprit, Édit. Esprit, no 55, p. 177-185.
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BOUTOT Alain, 1989, Heidegger, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », No 2480, 127 p.
DIAKITE Sidiki, 1994, Technocratie et question africaine de développement : rationalité technique et stratégie collective, Abidjan, Strateca diffusion, coll. « Penser l’Afrique », 269 p.
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ELLUL Jacques, 1988, Le bluff technologique, Paris, Hachette, 1988, 478 p.
ELLUL Jacques, 1973, Les nouveaux possédés, Paris, éd. Mille et une nuits, 348 p.
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ELLUL Jacques, 1965, « Réflexions sur l’ambivalence du progrès technique », Revue administrative, PUF, No 106, pp. 380-391, 12 p.
GARRIGOU-LAGRANGE Madeleine, 1981, À temps et à contretemps, Paris, Centurion, 209 p.
GRONDIN Jean, 1987, Le tournant dans la pensée de Martin Heidegger, Paris, PUF, coll. « Epiméthée », 136 p.
HEIDEGGER Martin, 1958, « Dépassement de la métaphysique », Essais et conférences, Paris, Gallimard, trad. André Préau, pp. 80-115.
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HEIDEGGER Martin, 1990, « Sérénité », Question III, Paris, NRF Gallimard, traduction André Préau, 504 p.
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PORQUET Jean-Luc, 2008, Jacques Ellul l’homme qui avait (presque) tout prévu, Paris, Le Cherche-midi, 368 p.
ROGNON Frédéric, 2007, Jacques Ellul, une pensée en dialogue, Paris, Labor et Fides, 429 p.
TAMINIAUX Jacques, 1986, « L’essence vraie de la technique », Martin Heidegger. L’Herne, coll. « Biblio essais. Livre de poche », p. 263-284.
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TROUDE-CHASTENET, 1994, Sur Jacques Ellul, Bordeaux, L’esprit du temps, 360 p.
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WYBRANDS Francis, « ESSAIS ET CONFÉRENCES, Martin Heidegger-Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 février 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/essais-et-conferences/
DE LA TECHNIQUE COMME ONTO-PHÉNOMÉNOLOGIE À L’ÈRE MODERNE
Mamboh Mathieu NANOU
Université Félix HOUPHOUËT-BOIGNY, Abidjan-Cocody (Côte d’Ivoire)
Résumé : Heidegger pense la manière dont l’Être s’est dispensé et a été compris, depuis ce qu’il appelle le commencement grec jusqu’à notre époque, qualifiée de temps modernes. Comprendre notre époque comme l’avènement de l’homme moderne, nous permet de comprendre le mouvement de la phénoménologie qui prône le « retour à la chose même ». Heidegger montre la continuité et l’enchaînement rigoureux qui lient l’homme de la Technique et l’homme-sujet. Celui qui a voulu devenir comme « maître et possesseur de la nature » est devenu celui qui obéit aveuglément au projet de la Technique sur lui. Il nous incombe, donc, de recourir à une phénoménologie du dévoilement, de sorte à bien appréhender la technique moderne et post-moderne comme des formes actuelles du manifester de l’Être.
Mots-clés : ÊTRE, HEIDEGGER, HOMME, TECHNIQUE, TRAVAIL.
Abstract : Heidegger thinks how the Being has been given and understanding, since what he calls greec beginning until our time, qualified to moderns times. Understanding our time as modern man coming, make us understanding the phenomenologian movment which brings the “come back of the same thing”. Heidegger shows the continuity and rigorous linking that binds the human-being of technology and the human being-subject. Whoever wanted to become « master and possessor of nature » has become one who blindly obeys the project of technology on him. So we have to go back to the phenomenology of bringing, to be able to understand well the modern’s and after-modern’s technic as the actually forms of the Being’s manifestation.
Keywords: BEING, HEIDEGGER, HUMAN BEING, TECHNOLOGY, WORK.
Références bibliographiques
DESCARTES René, 1951, Discours de la méthode, Paris, Union Générale d’éditions.
HEGEL Georg Wilhem Friedrich, 1997, La phénoménologie de l’esprit, Trad. de l’allemand par Bernard Bourgeois, Vrin.
HEIDEGGER Martin, 1962, Approche de Hölderlin, Paris, Gallimard.
HEIDEGGER Martin, 1962, Chemins qui ne mènent nulle part, Trad.de l’allemand par W. Brockmeier, Paris, Gallimard.
HEIDEGGER Martin, 1958, Essais et Conférences, Trad. de l’allemand par A. Préau, Paris, Gallimard.
HEIDEGGER Martin, 1986, Être et Temps, Trad. de l’allemand par F. Vézin, Paris, Gallimard.
HEIDEGGER Martin, 1966, La fin de la philosophie et la tâche de la pensée, Trad. de l’allemand par J. Beaufret et F. Fédier in Kierkegaard vivant, Paris, Gallimard / Idées, p. 167-204.
HEIDEGGER Martin, 1985, Les Problèmes fondamentaux de la phénoménologie, Trad. de l’allemand par J.-F. Courtine, Paris, Gallimard.
HEIDEGGER Martin, 1971, Nietzsche, 2 Tomes, Trad. de l’allemand par P. Klossowski, Paris, Gallimard.
HEIDEGGER Martin, 1959, Qu’appelle-t-on penser ?, Trad. de l’allemand par A. Becker et G. Granel, Paris, P.U.F.
HEIDEGGER Martin, 1968, Questions I et II, Paris, Gallimard.
HEIDEGGER Martin, 1966, Questions III, Paris, Gallimard.
HEIDEGGER Martin, 1968, Temps et Être, Supra Œuvres de Heidegger.
HUSSERL Edmund, 1985, L’idée de la phénoménologie : Cinq leçons, Trad. de l’allemand par Alexandre Lowit, Paris, PUF.
KANT Emmanuel, 1781-1787, Critique de la raison pure, Trad. de l’allemand par A. Tremesaygues et C. Pacaud, Paris, PUF.
NIETZSCHE Friedriech, 1968/1997, Œuvres philosophiques complètes, Trad. de l’allemand par P. Wolting, Paris, Gallimard.
DE L’ESSENCE DE LA PAROLE CHEZ MARTIN HEIDEGGER
Gervais Kouassi KOMENAN
Université Alassane OUATTARA, Bouaké (Côte d’Ivoire)
Résumé : Toute la métaphysique refondatrice de Heidegger est une réflexion du sens de l’Être en tant qu’essence du tout de l’étant. En ce sens, reconnait Heidegger que l’Être est toujours : « l’être de l’étant. » (Heidegger, 2000, p. 74.). C’est ce souci du dévoilement de l’essence de la parole qui vient nous rencontrer dans Acheminement vers la parole, ouvrage qui met en exergue l’Être comme fondement de la parole. Autrement exprimé, Acheminement vers la parole s’assigne la tâche d’élucider la parole en son essence en allant en l’eau profonde pour s’enraciner dans l’origine de la parole sans origine, dans l’épaisseur sans épaisseur qui fonde la parole en tant qu’étant.
Mots-clés : DÉVOILEMENT, ESSENCE, ÊTRE, FONDEMENT, PAROLE.
Abstract : All of Heidegger’s refounding metaphysic is a reflection of the sense of the being. In this sense, Heidegger recognizes that the being is always: « the being of the being. » (Heidegger, 2000, p. 74.). It’s this concern for the word that comes to meet us in routing to the word, a book which shows the being as the foundation of the word. Differently expressed forwarding to speech assigns the task to elucidate the speech in essence dripping underwater to root into the origin without origin, the thickness without thickiness that make the speech as being.
Keywords: CONCERN, ESSENCE, BEING, FOUNDATION, SPEECH.
Références bibliographiques
CHÂTELET François, 1965, Platon, Paris, Gallimard, 255 p.
COMTE Auguste, 1966, Catéchisme positiviste, 9ème entretien, Paris, Editions Garnier Flammarion, 219 p.
HEIDEGGER Martin, 1976, Acheminement vers la parole, trad. Jean Beaufret, Wolfgang Brokmeier et François Fédier, Paris, Gallimard, 262 p.
HEIDEGGER Martin, 1983, Lettre sur l’humanisme, trad. Roger Munier, Paris, Aubier-Montaigne, 191 p.
HEIDEGGER Martin, 2000, Qu’est-ce que la métaphysique, trad. Denis Huisman, Paris, Nathan, 144 p.
KOUASSI Kouadio L., 2011, « Penser la parole politique en Afrique : pour une démocratie et cohésion sociale durable », Dans présence africaine 2011/2 (n°184, pp. 131-146), 293 p.
OKAMBAWA Kolokunko W., 2005, « Parole et silence », Dans parole et vérité, (n° 24, pp. 97-111), Abidjan, RUCAO, 206 p.
LA CRITIQUE DU REJET HEIDEGGÉRIEN DE L’A PRIORI KANTIEN
Kpa Yao Raoul KOUASSI
Université Félix HOUPHOUËT-BOIGNY, Abidjan-Cocody (Côte d’Ivoire)
Résumé : Heidegger voulant restituer la tradition métaphysique européenne pense qu’il rejeter la thèse de Kant et sortir de l’influence kantienne pour fonder la métaphysique non pas à partir des supposés a priori kantiens flous hérités maladroitement de la science. Ce projet noble, nous paraît excessif. La critique du rejet heideggérien entend ici montrer que la métaphysique de l’a priori kantien est encore envisageable et ne rend pas caduque la présence de l’être. Certes la phénoménologie a son importance, mais le remplacement de la base scientifique par la phénoménologie, se présente comme la continuité d’un fondement toujours en dehors de la métaphysique. En reprenant le débat, nous voyons que l’apport kantien à la métaphysique est toujours actuel et peut aussi servir à la fondation d’une métaphysique de l’être basée sur la phénoménologie.
Mots-clés : A PRIORI, CRITIQUE, ÊTRE, MÉTAPHYSIQUE, REJET.
Abstract : Heidegger, wanting to restore the European metaphysical tradition, thinks that he rejects Kant’s thesis and leaves Kantian influence to found metaphysics not on the basis of the fuzzy Kantian supposed a priori awkwardly inherited from science. This noble project seems excessive to us. The critique of the Heideggerian rejection here intends to show that the metaphysics of the Kantian a priori is still possible and does not render the presence of being obsolete. Certainly phenomenology has its importance, but the replacement of the scientific basis by phenomenology presents itself as the continuity of a foundation always outside metaphysics. Resuming the debate, we see that the Kantian contribution to metaphysics is still current and can also serve as the foundation of a metaphysics of being based on phenomenology.
Keywords: A PRIORI, CRITICISM, BEING, METAPHYSICS, REJECTION.
Références bibliographiques
CAMILLERI Sylvain, 2017, Heidegger et les grandes lignes d’une phénoménologie herméneutique du christianisme primitif, New York Londres, Springer, 857 p.
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