RESPETH 5 2017
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SOMMAIRE
POURQUOI HEIDEGGER ?…………………………………..5
Argumentaire du Numéro Thématique : Le Discours de Rectorat de Martin Heidegger : ………………………………………………………………..11
- Le Discours de Rectorat de Martin Heidegger : Un Discours d’allégeance à la Révolution Nationale-Socialiste ?, BAMBARA (Romuald Évariste)………..………………………………………. 12
- Allocution de Hegel à ses auditeurs à l’ouverture de ses Leçons de Berlin, le 22 Octobre 1818 : Introduction à une « Philosophie de l’Université », DIA (Oumar)………………………………………….. 36
- Sur le contexte du Discours de Rectorat. Deux leçons pour l’Afrique, YAPO (Séverin)……………………………………………… 49
- La vocation de l’Universitaire à la lumière du Discours de Rectorat de Martin Heidegger, KOUAKOU (Antoine)………………………………………….…. 70
POURQUOI HEIDEGGER ?
Dans la langue de sa pensée, Heidegger dit que l’Être est la présence du présent ; cela apparaît comme une explicitation de cette catégorie fondamentale de la métaphysique occidentale. Qu’une Revue scientifique, en terre africaine, soit consacrée à rendre explicite l’intuition du dernier des grands penseurs de l’être, n’implique pas moins une question importante qu’il faudrait immédiatement poser, à savoir : Y a-t-il un intérêt à réfléchir, avec Heidegger, sur le sens et la vérité de l’être, pour des êtres dont l’histoire consciente demeure encore très problématique dans l’imaginaire de beaucoup de blancs ? Cette question, en se la posant, ne s’inscrit nullement dans un conflit d’identité ou de capacité historiale ; elle vise plutôt à scruter un implicite qui structure tout grand philosopher : Le rapport de la conscience aux choses. Ce rapport ne peut être esquivé, sous aucun prétexte, pour autant que l’homme, quelle que soit sa particularité individuelle ou collective, ne peut pas ne pas comprendre que le point de départ de l’histoire s’inscrit nécessairement dans ce rapport. Au fond, au-delà de tout ce qui nous préoccupe, et qui peut parfois devenir objet de divergences ou même de conflits, souvent violents, il y a une chose qui nous détermine tous : nous sommes des consciences devant les déterminités. Et la conscience ne parvient à sa vérité que dans une appartenance essentielle au Concept, comme expression d’une pensée substantielle de son rapport aux choses. De ce point de vue, ce rapport n’est pas un simple rapport, il est si complexe qu’une complaisance à son égard influence négativement la marche dans l’histoire de tout peuple. La qualité de cette marche est donc déterminée par le sérieux et la profondeur avec lesquels l’on se pense dans la présence des choses. Husserl, dont la philosophie est une réappropriation de la conscience, dans son essentialité, nous permet de bien comprendre qu’une pensée rigoureuse ne peut se dispenser de la vérité de la conscience dans son rapport aux choses, d’où la nécessité fondamentale de l’époché, pour accéder au moi transcendantal ; car une conscience encombrée de psychologisme rend impossible l’effectivité exacte de celle-ci dans son intentionnalité. C’est la réduction transcendantale pour désobstruer le rapport de la conscience aux choses. Le retour aux choses ou « droit aux choses mêmes », comme idée substantielle de la phénoménologie husserlienne, est le retour de la conscience dans sa pureté originelle, seul gage pour rendre la philosophie, c’est-à-dire le Concept, à sa propre vérité, comme science rigoureuse. Le célèbre article de Husserl, La philosophie comme science rigoureuse, paru en 1911, en donne la pleine mesure. La conscience, étant le fondement premier de toute science, y compris la philosophie en premier, exige d’être pensée en soi, comme conscience transcendantale, pour donner au Concept toute la rigueur de son sens. La rigueur de la conscience, qui s’atteste dans la réduction phénoménologique, chez Husserl, traverse toute la pensée de Heidegger, qui l’enracine dans une expérience plus originaire et plus originelle, celle avec l’Être.
Quand j’essaie de faire attention à mon environnement, je vois les choses-ci : à côté, un chien ; devant, une maison ; plus loin, un arbre. Ces choses seraient-elles spécifiques à mon environnement ? N’existeraient-elles pas ailleurs, à des milliers de kilomètres, à Katmandou au Népal par exemple ? Si, mais, on pourrait objecter que mon chien n’est pas le même que celui du Népal. Sans doute, mais si on admet que mon chien et celui du Népal sont des chiens, il va sans dire que quelque chose de plus profond les détermine, de telle manière que, malgré l’évidente différence, ils demeurent des chiens. Notre pensée, qui les identifie comme chiens, se pose sur la réalité non perceptible, qui, dans sa profonde vérité, permet de déterminer le chien comme chien. Ainsi, la pensée, dans son propre, se conçoit et se fonde sur le non-présent, en tant qu’il est l’indéterminable dans le déterminable-présent. Et c’est là toute la pertinence du penser heideggérien. La tentation constante d’être envahie par le présent empêche la pensée de se déployer rigoureusement pour donner à la conscience toute sa vérité.
Penser la pensée, dans son appartenance à l’Être, pour la préserver de l’invasion de l’étance, reste une idée éternellement « jeune », qui implique, sans aucun doute, la préservation absolue de l’identité essentielle, sans laquelle, de toute évidence, rien de substantiel ne peut être construit, pour donner à l’histoire la plénitude de son sens. La question de la pensée est une question d’humanité qui ne saurait être circonscrite à une aire géographique, dans la mesure où le rapport de l’homme à l’étant est un rapport qui structure, de manière universelle, son existence.
Mieux, penser la pensée pour mieux la rendre à l’homme, afin de lui permettre d’habiter, dans la sérénité, la terre, où l’étant devient absolu, exige une méditation sur le rapport de l’étant à l’être. Un rapport dans lequel l’étant est dans la dépendance de l’être. L’étant se structure dans une articulation nécessaire à l’être. Cette nécessaire articulation, disloquée par la métaphysique de l’étant, est si absolue que Heidegger, dès les premières pages de Être et Temps, fait le constat suivant : « La question de l’être est aujourd’hui tombée dans l’oubli » (Heidegger, 1986, p. 25). Mais au préalable, il n’a pas manqué de dire ceci, dont la gravité permet de mesurer tout l’enjeu de sa pensée : « Avons-nous une réponse à la question de savoir ce que nous voulons dire exactement avec le mot « étant » ? Aucunement. Dans ces conditions, il faut poser en termes tout à fait neufs la question du sens de l’être. Sommes-nous donc seulement aujourd’hui encore dans l’aporie de ne pas entendre l’expression « être » ? Aucunement. Dans ces conditions, le plus urgent, c’est de réveiller une entente pour le sens de cette question » (Idem, p. 21). Il s’agit, alors, de pousser à fond le rapport de l’homme au savoir pour qu’advienne et se maintienne, sans prétention et de manière définitive, son essence pensante, si tant est que rien ne peut possibiliser son existence, s’il n’est radicalement établi dans cette essence. Car, dit Heidegger, « savoir est la sauvegarde pensante de la garde de l’être » (Heidegger, 1958, p. 420). Cette garde, dans laquelle l’homme accomplit la splendeur de son humanité, n’est spécifique à aucune race et à aucun continent, sauf si nous admettions que la pensée ne serait pas le propre de l’homme. Pour avoir commencé en Grèce que Hegel qualifie comme le point lumineux de l’histoire universelle, la pensée, dans l’appartenance à son essence, comme objectivation rigoureuse et profonde de la conscience dans son rapport aux choses, déborde la seule Grèce, et poursuit sa marche radicale, vers le lieu essentiel où l’homme est pleinement chez soi. Peu importe la manière avec laquelle elle parvient aux peuples, qu’elle soit embastillée dans un impérialiste colonial, il nous faut l’accueillir, avec grande sérénité et lui permettre de croître dans le secret de sa puissance, qui rend puissants les peuples qui savent la contempler dans la splendeur de sa vérité. Là se trouve, paradoxalement, l’authentique chemin de liberté, parce qu’est libre celui qui se déploie dans la Libre-Étendue, où sont brisées les idoles de nos excessifs particularismes et de nos primitivités, dénuées du saut qualitatif, nous empêchant ainsi de saisir la profondeur de cette idée heideggérienne : Là où croît le péril, là aussi croit ce qui sauve. Ce qui suppose qu’il faut, dès la départ, écarter, avec une violence salutaire, l’idée d’une rationalité multiple, comme si « un plus un » feraient, ailleurs, autre chose que deux. La logique n’est ni culturelle, ni géographique, c’est le propre de l’esprit ; et l’essence de l’esprit, selon Hegel, réside dans la conscience de soi, conscience parvenant à son contenu comme Concept. Ce Concept est grec ; et nous sommes, pour ainsi dire, des Grecs. Serait-il scandaleux d’affirmer pareille chose ? Ne faudrait-il pas revendiquer autre chose que la grécité, surtout que la Grèce actuelle est menacée de faillite, en raison de profondes difficultés économiques ? Aussi, pourrions-nous ironiser, de telles difficultés ne trouvent-elles pas leur fondement ultime dans un certain « oubli de l’Être » ? Y a-t-il donc, aujourd’hui, honneur à défendre une filiation grecque ? En bonne logique non, pas pour des raisons de grandeur économique, mais parce qu’un Noir ne peut pas avoir un ancêtre Blanc, alors qu’il n’est pas mulâtre. Alors que veut dire « nous sommes des Grecs ? » Heidegger nous donne l’excellente réponse : « Grec, cela ne signifie pas, dans notre façon de parler, une propriété ethnique, nationale culturelle ou anthropologique ; grec est le matin du destin sous la figure duquel l’être même s’éclaircit au sein de l’étant et en laquelle une futurition de l’homme, qui en tant qu’historial, a son cours dans les différents modes selon lesquels elle est maintenue dans l’être ou délaissée par lui, sans pourtant jamais en être coupée » (Heidegger, 1958, p. 405).
Dans une Afrique, où, cinquante ans après les indépendances, pour la plupart des pays francophones, la question des États modernes demeure encore très préoccupante, en raison d’une appropriation non encore suffisante des concepts fondamentaux comme la justice, la liberté, l’égalité sociale et politique, la rigueur au travail, concepts à partir desquels se construit tout peuple viable, une entreprise comme RESPETH, qui s’élève dans l’horizon de la pensée de l’Être, n’apparaît pas seulement juste mais nécessaire. Bien qu’elle ne soit pas au centre de la pensée heideggérienne, la pensée des valeurs et des exigences sociales et politiques ne sous-tend pas moins la question de l’être, si tant est que c’est au cœur d’un humanisme fondamental, comme pensée de l’Être, qu’émerge et acquiert consistance tout humanisme classique, comme valeurs humaines à promouvoir et à sauvegarder. Il serait, alors, prétentieux, de croire que la présente œuvre donnerait des directives à l’action de l’homme ; une telle orientation est, simplement, aux antipodes de la pensée de Martin Heidegger, pour qui la pensée est en soi une action radicale : « La pensée n’est pas d’abord promue au rang d’action du seul fait qu’un effet sort d’elle ou qu’elle est appliquée à La pensée agit en tant qu’elle pense. (…) Cet agir est probablement le plus simple en même que le plus haut, parce qu’il concerne la relation de l’homme à l’être » (Heidegger, 1966, p. 68). Pourquoi ? Parce que là où existent des distorsions sociales et des horizons historiques confus, la pensée ne s’est pas suffisamment accomplie, c’est-à-dire l’homme n’a pas, avec vigueur et rigueur, porté son essence dans la seule relation, qui lui donne tout son contenu, celle de l’être. Ne serait-il pas alors bien étonnant de montrer, avec rage, comme l’a fait Emmanuel Faye, que Heidegger est un théoricien du nazisme ? Ne serait-il pas tout à fait injuste d’enfermer le grand penseur de l’Être dans une courte séquence de sa vie (Six mois rectorat sous le régime des nazis), alors même que la commission de « Dénazification » (France-Lanord, 2013, p. 320-326) a eu lieu depuis le courant des années 1945-1949 ! L’image intime du philosophe de la Forêt Noire, qu’il convient tenir fermement, détruit radicalement le rectorat sous le nazisme. Pas plus que son génie de pensée ne peut être discrédité par son son histoire d’amour avec Hannah Arendt, pas plus les accointances avec le nazisme ne peuvent remettre en cause la profondeur de pensée du dernier des grands philosophes de notre temps. Le génie n’est pas Dieu ; et la grande intelligence n’est pas canonisation.
« Le présent est le rassemblement ordonnant et sauvegardant du présent en sa présence chaque fois séjournante » (Heidegger, 1958, p. 444). Apprendre à sauvegarder le présent pour habiter, de manière sereine l’humanité de l’homme, telle est, pour nous, l’absolue nécessité inesquivable. Apprendre à penser, avec Martin Heidegger, ce n’est pas apprendre à spéculer, c’est apprendre à être radicalement humain ; seul l’humain pense en poète, c’est-à-dire la pensée qui élève l’homme dans une harmonie intégrale, parce que pensée de l’Être. Alors, reprenant Hölderlin, Heidegger pouvait écrire : « Plein de mérites, c’est pourtant poétiquement que l’homme habite la terre ». Puissent nos présents « Pas » demeurer dans l’ouvert irradiant de l’Être, pour qu’advienne l’effectivité historique du Concept Vivant.
Jean Gobert TANOH
NUMÉRO THÉMATIQUE 2017 DE LA REVUE RESPETH
LE DISCOURS DE RECTORAT DE MARTIN HEIDEGGER
Recteur de l’Université de Fribourg (21 Avril 1933 – 23 Avril 1934), Martin Heidegger prononça, le 27 Mai 1933, le Discours de Rectorat intitulé : « L’Auto-affirmation de l’Université Allemande ». Un tel discours, tout au long de sa carrière de philosophe ou de penseur, et surtout en sa qualité d’Enseignant-Chercheur, n’a pas manqué d’influer sur sa vie et sa notoriété. En parcourant ce discours, l’évidence s’offre à nous qu’il est assez multiforme. Il s’y joue tout à la fois le politique, le scientifique, le socio-culturel et spirituel.
En choisissant, pour ce numéro 5, de méditer sur le Discours de Rectorat de Martin Heidegger, RESPETH a le souci fondamental de convoquer la communauté des chercheurs, penseurs et étudiants à re-penser, à nouveaux frais, et de façon substantielle, les orientations de pensées qu’il offre. En l’occurrence, les questions qui tournent autour de l’Université, la Violence, le National-Socialisme, l’Éducation, la Nation, le Travail, la Défense, les Guides, etc. Aussi, en s’appuyant sur le principe de la liberté de penser, RESPETH ne voudrait-elle nullement dégager quelque axe de réflexions que ce soit ! Il est donné libre cours à chacun, à partir d’une interprétation pertinente de ce discours, de proposer des articles inédits.
LE DISCOURS DE RECTORAT DE MARTIN HEIDEGGER : UN DISCOURS D’ALLÉGEANCE À LA RÉVOLUTION NATIONALE-SOCIALISTE ?
Romuald Evariste BAMBARA
Université Ouaga I Pr Joseph Ki-Zerbo (Burkina Faso)
Résumé : Premier Recteur nazi de l’Université de Fribourg-en-Brisgau, Heidegger, dans une allocution solennelle pour la prise en charge de sa fonction, fixe le sens de sa mission. Sous son égide, celui du spiritus rector, l’Université ou la communauté de combat a l’obligation d’éduquer les Führer ou les dirigeants du peuple allemand. Cette éducation vise le renouvellement spirituel de toute la vie en Allemagne, dans le sens de répondre au destin de l’Occident. La condition pour réaliser ce projet, c’est-à-dire “spiritualiser” l’Allemagne, réside dans l’enracinement de l’Université à la révolution nationale-socialiste, ce à travers l’État et ses institutions. En d’autres termes, réaliser cette vocation exige d’adhérer au parti, de prendre la carte du parti nazi. Mais, un tel engagement parviendra-t-il à sauvegarder la liberté de l’Université des velléités des institutions politiques de son temps ? Ainsi, cet écrit analyse d’abord le Discours de Rectorat en dégageant ses principales articulations avant d’entreprendre une critique, au sens où les mérites et les limites de cette argumentation sont relevés.
Mots-clés : AUTO-AFFIRMATION, ESSENCE, MISSION SPIRITUELLE, NATIONAL-SOCIALISME, SCIENCE, UNIVERSITÉ.
Abstract : Heidegger, the first Nazi rector of the University of Fribourg-en-Brisgau, in a solemn address when taking responsibility for his office, defines the meaning of his mission. Under its aegis, that of the spiritus rector, the University or the combat community has an obligation to educate the Führer or the leaders of the German people. This education aims at the spiritual renewal of all life in Germany that is to respond to the destiny of the West. The condition for realizing this project, that is to say, to « spiritualize » Germany, lies in the fact that the University is rooted in the National Socialist revolution through the State and its institutions. In other words, fulfilling this vocation requires adhering to the party, taking the Nazi party membership card. But will such a commitment succeed in safeguarding academic freedom from the wishes of the political institutions of his time? Thus, this paper first analyses the structure of the Rector’s Discourse; before coming in to criticize the merits and limits of these arguments.
Keywords: SELF-AFFIRMATION, ESSENCE, SPIRITUAL MISSION, NATIONAL-SOCIALISM, SCIENCE, UNIVERSITY.
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Entretien de ROMANO Claude avec SERBAN Claudia, Décembre 2014, « L’idée d’antisémitisme philosophique est un non-sens », in Revue Critique, Tome LXX-N°811, pp.1008-1018.
Entretien avec FEDIER François, réalisé par de RUBERCY Eryck de, avril 2014 « Heidegger était-il nazi ? Antisémite ? », Revue des deux mondes, pp. 102-122.
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ALLOCUTION DE HEGEL À SES AUDITEURS À L’OUVERTURE DE SES LEÇONS DE BERLIN, LE 22 OCTOBRE 1818 : INTRODUCTION À UNE « PHILOSOPHIE DE L’UNIVERSITÉ »
Oumar DIA
Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal)
Résumé : Le 22 octobre 1818, Hegel prenait fonction à l’Université de Berlin en qualité de professeur de philosophie. À cette occasion, il a, en ouverture à ses cours, prononcé un discours programmatique dans lequel il a exposé les grands principes d’une « philosophie de l’université » qui consiste non pas à placer l’université sous le regard extérieur de la discipline philosophique, mais à expliciter la philosophie que recèle en soi la chose universitaire et que le fonctionnement de l’institution est censé mettre en œuvre conformément à ce qui fait son essence. C’est de cela que cet article entend rendre compte en suivant les principaux moments à travers lesquels le Philosophe de Berlin avait exposé cette thèse.
Mots-clés : AUDITEURS, BERLIN, DISCOURS, ESSENCE, GERMANITÉ, PHILOSOPHIE, UNIVERSITÉ.
Abstract : On October 22, 1818, Hegel took office at the University of Berlin as a professor of philosophy. On this occasion, he opened his lectures and delivered a programmatic speech in which he outlined the main principles of a « philosophy of the university » which consists not in placing the university under the external gaze of the philosophical discipline, but to explain the philosophy that the academic thing contains in itself and that the functioning of the institution is supposed to implement in accordance with what is its essence. That is what this article intends to account for by following the principal moments through which the Philosopher of Berlin had expounded this thesis.
Keywords: AUDITORS, BERLIN, SPEECH, ESSENCE, GERMANITY, PHILOSOPHY, UNIVERSITY.
Références bibliographiques
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HEGEL G.W.F., 1821 (2013), Principes de la philosophie du droit, trad. Jean François Kervégan, PUF, Paris., 816 p.
HEGEL G.W.F., 1812 (2015), Science de la logique, trad. Bernard Bourgeois, Vrin, Paris. 336 p.
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NICOLIN Friedhelm, 1991, Von Stuttgart nach Berlin : die lebenstationen Hegels, Marbacher Magazin., 80 p.
SUR LE CONTEXTE DU DISCOURS DE RECTORAT. DEUX LEÇONS POUR L’AFRIQUE
Séverin YAPO
Université Félix HOUPHOUËT BOIGNY (Côte d’Ivoire)
Résumé : Pourquoi l’intelligentsia africaine semble-t-elle ne pas pouvoir sortir d’une domination politique et religieuse dont le contexte philosophique du Discours de rectorat de M. Heidegger semble analogiquement restituer des traits culturels ? Pour répondre à cette question, l’article remonte aux sources idéalistes platonico-allemandes d’une domination ethnoculturelle et religieuse endogène et exogène dont, tout comme les Juifs allemands en 1933, le peuple africain contemporain constitue la victime. Voyant dans la dia-logique culturelle le modèle philosophique de rapports interculturels libérateurs entretenus entre l’Allemagne et son voisin français, puis entre les Juifs et la philosophie-poétique heidegériano-hölderlinienne, l’article invite à en faire le socle de rapports exogènes et endogènes exempts de toute domination entre l’Afrique et son ex-colonie et entre les philosophes africains et leur propre peuple.
Mots-clés : DISCOURS DE RECTORAT, IDEALISME PLATONICIEN ET ALLEMAND, HEIDEGGER, DOMINATION POLITIQUE ET RELIGIEUSE, IDEALISME ET MATERIALISME AFRICAINS.
Abstract : Why does the African intelligentsia seem unable to emerge from a political and religious domination which philosophical context of Martin. Heidegger’s Rector’s Address seems analogically to restitute cultural traits? To answer to this question, the article goes back to the Platonic-German idealistic sources of an endogenous and exogenous ethnocultural and religious domination of which, just like the German Jews in 1933, the contemporary African people constitute the victim. Seeing in the cultural dia-logic the philosophical model of liberating intercultural relations maintained between Germany and its French neighbor, then between the Jews and the Heidegeriano-hölderlinian poetic philosophy, the article invites to make it the basis of exogenous and endogenous relations, free of any domination between Africa and her ex-colony and between African philosophers and their own people.
Keywords: RECTORATE SPEECH, PLATONIC AND GERMAN IDEALISM, HEIDEGGER, POLITICAL AND RELIGIOUS DOMINATION, AFRICAN IDEALISM AND MATERIALISM.
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LA VOCATION DE L’UNIVERSITAIRE À LA LUMIÈRE DU DISCOURS DE RECTORAT DE MARTIN HEIDEGGER
Antoine KOUAKOU
Université Alassane OUATTARA (Côte d’Ivoire)
Résumé : Renvoyant dos à dos l’hospitalité systématique et le refus catégorique, Emmanuel Kant, face à la question de l’immigration, prône un « droit de visite » tenant compte des droits fondamentaux de la personne humaine et du droit à l’autodétermination des peuples conformément à ses attentes vis-à-vis du droit cosmopolitique. Il fait appel à un humanisme critique qui tranche avec l’humanisme naïf des tenants de l’hospitalité illimitée. Ce qui préfigure une politique d’immigration à la fois lucide, responsable et flexible visant à mettre en œuvre les conditions auxquelles l’installation des étrangers pourrait être compatible avec la liberté et la souveraineté des communautés politiques dans un environnement cosmopolitique.
Mots-clés : DROIT À L’AUTODÉTERMINATION, ÉTRANGER, HOSPITALITÉ, LIBERTÉ DE CIRCULATION, RÉPUBLICANISME.
Abstract : On the basis of human rights and peoples’ sovereignty on the one hand, and according to his view of the cosmopolitan law on the other hand, E. Kant opposes both total acceptance and refusal of immigration for a « right of access ». He suggests a critical humanism that contrasts with the naivety of the adepts of absolute hospitality. That attitude requires at the same time, a perspicuous, responsible and flexible immigration policy that defines the settlement conditions of the foreigners, according to the liberty and political sovereignty of local communities in a cosmopolitan environment.
Keywords: RIGHT TO SELF-DETERMINATION, FOREIGNER, HOSPITALITY, FREEDOM OF MOVEMENT, REPUBLICANISM.


