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Respeth 12 2024

Respeth 12 2024

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SOMMAIRE

SOMMAIRE.. 1

POURQUOI HEIDEGGER ?. 3

RÉSUMÉ GÉNÉRAL : L’EXISTER COMME SOUCI DE SON TEMPS  9

  1. LA DÉMOCRATIE DANS LA TRAGÉDIE GRECQUE.. 15

Pierre Hubert MFOUTOU.. 15

  1. LE GÉNIE DE HEIDEGGER DANS L’EXÉGÈSE DE LA VOLONTÉ DE PUISSANCE CHEZ NIETZSCHE.. 33

Dimitri OVENANGA-KOUMOU.. 33

  1. LE TRANS/POSTHUMANISME ET LE PROJET D’IMMORTALITÉ : UNE EXÉGÈSE HEIDEGGÉRIENNE DU CONCEPT DE MORT.. 51

Rodreli PEYENENI KOUMBA.. 51

  1. HABITATION ET CHANGEMENT CLIMATIQUE SOUS LE REGARD DE MARTIN HEIDEGGER.. 71
  2. Zlankouapieu Romuald Icanor SANKO.. 71
  3. Antoine KOUAKOU.. 71
  4. HERMÉNEUTIQUE DU VISAGE LEVINASSIEN FACE AU NARCISSISME CONTEMPORAIN.. 93

Affoué Valery-Aimée TAKI. 93

  1. PHÉNOMÉNOLOGIE DE LA SURVIE DANS L’ÉCONOMIE LIBÉRALE SOCIALE : LE PLEIN-EMPLOI ET LA SÉCURITÉ SOCIALE EN PROCÈS. 109
  2. Moulo Elysée KOUASSI. 109
  3. Kouassi Clément N’DOUA.. 109

POURQUOI HEIDEGGER ?

Dans la langue de sa pensée, Heidegger dit que l’Être est la présence du présent ; cela apparaît comme une explicitation de cette catégorie fondamentale de la métaphysique occidentale. Qu’une Revue scientifique, en terre africaine, soit consacrée à rendre explicite l’intuition du dernier des grands penseurs de l’être, n’implique pas moins une question importante qu’il faudrait immédiatement poser, à savoir : Y a-t-il un intérêt à réfléchir, avec Heidegger, sur le sens et la vérité de l’être, pour des êtres dont l’histoire consciente demeure encore très problématique dans l’imaginaire de beaucoup de blancs ? Cette question, en se la posant, ne s’inscrit nullement dans un conflit d’identité ou de capacité historiale ; elle vise plutôt à scruter un implicite qui structure tout grand philosopher : Le rapport de la conscience aux choses. Ce rapport ne peut être esquivé, sous aucun prétexte, pour autant que l’homme, quelle que soit sa particularité individuelle ou collective, ne peut pas ne pas comprendre que le point de départ de l’histoire s’inscrit nécessairement dans ce rapport. Au fond, au-delà de tout ce qui nous préoccupe, et qui peut parfois devenir objet de divergences ou même de conflits, souvent violents, il y a une chose qui nous détermine tous : nous sommes des consciences devant les déterminités. Et la conscience ne parvient à sa vérité que dans une appartenance essentielle au Concept, comme expression d’une pensée substantielle de son rapport aux choses. De ce point de vue, ce rapport n’est pas un simple rapport, il est si complexe qu’une complaisance à son égard influence négativement la marche dans l’histoire de tout peuple. La qualité de cette marche est donc déterminée par le sérieux et la profondeur avec lesquels l’on se pense dans la présence des choses. Husserl, dont la philosophie est une réappropriation de la conscience, dans son essentialité, nous permet de bien comprendre qu’une pensée rigoureuse ne peut se dispenser de la vérité de la conscience dans son rapport aux choses, d’où la nécessité fondamentale de l’époché, pour accéder au moi transcendantal ; car une conscience encombrée de psychologisme rend impossible l’effectivité exacte de celle-ci dans son intentionnalité. C’est la réduction transcendantale pour désobstruer le rapport de la conscience aux choses. Le retour aux choses ou « droit aux choses mêmes », comme idée substantielle de la phénoménologie husserlienne, est le retour de la conscience dans sa pureté originelle, seul gage pour rendre la philosophie, c’est-à-dire le Concept, à sa propre vérité, comme science rigoureuse. Le célèbre article de Husserl, La philosophie comme science rigoureuse, paru en 1911, en donne la pleine mesure. La conscience, étant le fondement premier de toute science, y compris la philosophie en premier, exige d’être pensée en soi, comme conscience transcendantale, pour donner au Concept toute la rigueur de son sens. La rigueur de la conscience, qui s’atteste dans la réduction phénoménologique, chez Husserl, traverse toute la pensée de Heidegger, qui l’enracine dans une expérience plus originaire et plus originelle, celle avec l’Être.

Quand j’essaie de faire attention à mon environnement, je vois les choses-ci : à côté, un chien ; devant, une maison ; plus loin, un arbre. Ces choses seraient-elles spécifiques à mon environnement ? N’existeraient-elles pas ailleurs, à des milliers de kilomètres, à Katmandou au Népal par exemple ? Si, mais, on pourrait objecter que mon chien n’est pas le même que celui du Népal. Sans doute, mais si on admet que mon chien et celui du Népal sont des chiens, il va sans dire que quelque chose de plus profond les détermine, de telle manière que, malgré l’évidente différence, ils demeurent des chiens. Notre pensée, qui les identifie comme chiens, se pose sur la réalité non perceptible, qui, dans sa profonde vérité, permet de déterminer le chien comme chien. Ainsi, la pensée, dans son propre, se conçoit et se fonde sur le non-présent, en tant qu’il est l’indéterminable dans le déterminable-présent. Et c’est là toute la pertinence du penser heideggérien. La tentation constante d’être envahie par le présent empêche la pensée de se déployer rigoureusement pour donner à la conscience toute sa vérité.

Penser la pensée, dans son appartenance à l’Être, pour la préserver de l’invasion de l’étance, reste une idée éternellement « jeune », qui implique, sans aucun doute, la préservation absolue de l’identité essentielle, sans laquelle, de toute évidence, rien de substantiel ne peut être construit, pour donner à l’histoire la plénitude de son sens. La question de la pensée est une question d’humanité qui ne saurait être circonscrite à une aire géographique, dans la mesure où le rapport de l’homme à l’étant est un rapport qui structure, de manière universelle, son existence.

Mieux, penser la pensée pour mieux la rendre à l’homme, afin de lui permettre d’habiter, dans la sérénité, la terre, où l’étant devient absolu, exige une méditation sur le rapport de l’étant à l’être. Un rapport dans lequel l’étant est dans la dépendance de l’être. L’étant se structure dans une articulation nécessaire à l’être. Cette nécessaire articulation, disloquée par la métaphysique de l’étant, est si absolue que Heidegger, dès les premières pages de Être et Temps, fait le constat suivant : « La question de l’être est aujourd’hui tombée dans l’oubli » (Heidegger, 1986, p. 25). Mais au préalable, il n’a pas manqué de dire ceci, dont la gravité permet de mesurer tout l’enjeu de sa pensée : « Avons-nous une réponse à la question de savoir ce que nous voulons dire exactement avec le mot « étant » ? Aucunement. Dans ces conditions, il faut poser en termes tout à fait neufs la question du sens de l’être. Sommes-nous donc seulement aujourd’hui encore dans l’aporie de ne pas entendre l’expression « être » ? Aucunement. Dans ces conditions, le plus urgent, c’est de réveiller une entente pour le sens de cette question » (Idem, p. 21). Il s’agit, alors, de pousser à fond le rapport de l’homme au savoir pour qu’advienne et se maintienne, sans prétention et de manière définitive, son essence pensante, si tant est que rien ne peut possibiliser son existence, s’il n’est radicalement établi dans cette essence. Car, dit Heidegger, « savoir est la sauvegarde pensante de la garde de l’être » (Heidegger, 1958, p. 420). Cette garde, dans laquelle l’homme accomplit la splendeur de son humanité, n’est spécifique à aucune race et à aucun continent, sauf si nous admettions que la pensée ne serait pas le propre de l’homme. Pour avoir commencé en Grèce que Hegel qualifie comme le point lumineux de l’histoire universelle, la pensée, dans l’appartenance à son essence, comme objectivation rigoureuse et profonde de la conscience dans son rapport aux choses, déborde la seule Grèce, et poursuit sa marche radicale, vers le lieu essentiel où l’homme est pleinement chez soi. Peu importe la manière avec laquelle elle parvient aux peuples, qu’elle soit embastillée dans un impérialiste colonial, il nous faut l’accueillir, avec grande sérénité et lui permettre de croître dans le secret de sa puissance, qui rend puissants les peuples qui savent la contempler dans la splendeur de sa vérité. Là se trouve, paradoxalement, l’authentique chemin de liberté, parce qu’est libre celui qui se déploie dans la Libre-Étendue, où sont brisées les idoles de nos excessifs particularismes et de nos primitivités, dénuées du saut qualitatif, nous empêchant ainsi de saisir la profondeur de cette idée heideggérienne : Là où croît le péril, là aussi croit ce qui sauve. Ce qui suppose qu’il faut, dès la départ, écarter, avec une violence salutaire, l’idée d’une rationalité multiple, comme si « un plus un » feraient, ailleurs, autre chose que deux. La logique n’est ni culturelle, ni géographique, c’est le propre de l’esprit ; et l’essence de l’esprit, selon Hegel, réside dans la conscience de soi, conscience parvenant à son contenu comme Concept. Ce Concept est grec ; et nous sommes, pour ainsi dire, des Grecs. Serait-il scandaleux d’affirmer pareille chose ? Ne faudrait-il pas revendiquer autre chose que la grécité, surtout que la Grèce actuelle est menacée de faillite, en raison de profondes difficultés économiques ? Aussi, pourrions-nous ironiser, de telles difficultés ne trouvent-elles pas leur fondement ultime dans un certain « oubli de l’Être » ? Y a-t-il donc, aujourd’hui, honneur à défendre une filiation grecque ? En bonne logique non, pas pour des raisons de grandeur économique, mais parce qu’un Noir ne peut pas avoir un ancêtre Blanc, alors qu’il n’est pas mulâtre. Alors que veut dire « nous sommes des Grecs ? » Heidegger nous donne l’excellente réponse : « Grec, cela ne signifie pas, dans notre façon de parler, une propriété ethnique, nationale culturelle ou anthropologique ; grec est le matin du destin sous la figure duquel l’être même s’éclaircit au sein de l’étant et en laquelle une futurition de l’homme, qui en tant qu’historial, a son cours dans les différents modes selon lesquels elle est maintenue dans l’être ou délaissée par lui, sans pourtant jamais en être coupée » (Heidegger, 1958, p. 405).

Dans une Afrique, où, cinquante ans après les indépendances, pour la plupart des pays francophones, la question des États modernes demeure encore très préoccupante, en raison d’une appropriation non encore suffisante des concepts fondamentaux comme la justice, la liberté, l’égalité sociale et politique, la rigueur au travail, concepts à partir desquels se construit tout peuple viable, une entreprise comme RESPETH, qui s’élève dans l’horizon de la pensée de l’Être, n’apparaît pas seulement juste mais nécessaire. Bien qu’elle ne soit pas au centre de la pensée heideggérienne, la pensée des valeurs et des exigences sociales et politiques ne sous-tend pas moins la question de l’être, si tant est que c’est au cœur d’un humanisme fondamental, comme pensée de l’Être, qu’émerge et acquiert consistance tout humanisme classique, comme valeurs humaines à promouvoir et à sauvegarder. Il serait, alors, prétentieux, de croire que la présente œuvre donnerait des directives à l’action de l’homme ; une telle orientation est, simplement, aux antipodes de la pensée de Martin Heidegger, pour qui la pensée est en soi une action radicale : « La pensée n’est pas d’abord promue au rang d’action du seul fait qu’un effet sort d’elle ou qu’elle est appliquée à La pensée agit en tant qu’elle pense. (…) Cet agir est probablement le plus simple en même que le plus haut, parce qu’il concerne la relation de l’homme à l’être » (Heidegger, 1966, p. 68). Pourquoi ? Parce que là où existent des distorsions sociales et des horizons historiques confus, la pensée ne s’est pas suffisamment accomplie, c’est-à-dire l’homme n’a pas, avec vigueur et rigueur, porté son essence dans la seule relation, qui lui donne tout son contenu, celle de l’être. Ne serait-il pas alors bien étonnant de montrer, avec rage, comme l’a fait Emmanuel Faye, que Heidegger est un théoricien du nazisme ? Ne serait-il pas tout à fait injuste d’enfermer le grand penseur de l’Être dans une courte séquence de sa vie (Six mois rectorat sous le régime des nazis), alors même que la commission de « Dénazification » (France-Lanord, 2013, p. 320-326) a eu lieu depuis le courant des années 1945-1949 ! L’image intime du philosophe de la Forêt Noire, qu’il convient tenir fermement, détruit radicalement le rectorat sous le nazisme. Pas plus que son génie de pensée ne peut être discrédité par son histoire d’amour avec Hannah Arendt, pas plus les accointances avec le nazisme ne peuvent remettre en cause la profondeur de pensée du dernier des grands philosophes de notre temps. Le génie n’est pas Dieu ; et la grande intelligence n’est pas canonisation.

« Le présent est le rassemblement ordonnant et sauvegardant du présent en sa présence chaque fois séjournante » (Heidegger, 1958, p. 444). Apprendre à sauvegarder le présent pour habiter, de manière sereine l’humanité de l’homme, telle est, pour nous, l’absolue nécessité inesquivable. Apprendre à penser, avec Martin Heidegger, ce n’est pas apprendre à spéculer, c’est apprendre à être radicalement humain ; seul l’humain pense en poète, c’est-à-dire la pensée qui élève l’homme dans une harmonie intégrale, parce que pensée de l’Être. Alors, reprenant Hölderlin, Heidegger pouvait écrire : « Plein de mérites, c’est pourtant poétiquement que l’homme habite la terre ». Puissent nos présents « Pas » demeurer dans l’ouvert irradiant de l’Être, pour qu’advienne l’effectivité historique du Concept Vivant.

 

Jean Gobert TANOH

 

RÉSUMÉ GÉNÉRAL : L’EXISTER COMME SOUCI DE SON TEMPS

Le numéro 12 de la revue Respeth se présente comme une invitation du penseur, non seulement à prendre en souci les réalités de ce monde, qu’elles relèvent de l’antiquité, du vingtième siècle ou du l’époque contemporaine, mais aussi et implicitement, à comprendre l’existence humaine comme souci du temps. Cette idée, en elle-même, ne sonne-t-elle pas, une fois pour toutes, le glas de ceux qui, depuis toujours, sont adossés au préjugé malveillant de l’inutilité des Lettres en général et de la Philosophie en particulier ? Y aurait-il, au cœur des Sciences, un savoir plus fondamental que celui de la Philosophie ?

En pénétrant, en effet, dans leur fond, chacun des textes ici rassemblés, s’exalte la question, elle-même fondamentale suivante : Y aurait-il une existence oiseuse ? Ou, ce qui revient au même, quelle peut bien être la tâche de la Pensée ? De l’antiquité grecque à nos jours, les différents auteurs, comme en un chœur uni, à travers leurs analyses – Pierre Hubert MFOUTOU, La démocratie dans la tragédie grecque, Dimitri OVENANGA-KOUMOU, Le génie de Heidegger dans l’exégèse de la volonté de puissance chez Nietzsche, Rodreli PEYENENI KOUMBA, Le trans/posthumanisme et le projet d’immortalité : une exégèse heideggérienne du concept de mort, Zlankouapieu Romuald Icanor SANKO et Antoine KOUAKOU, Habitation et changement climatique sous le regard de Martin Heidegger, Affoué Valérie-Aimée TAKI, Herméneutique du visage chez Levinas face au narcissisme contemporain, Moulo Élysée KOUASSI et Kouassi Clément N’DOUA, Phénoménologie de la survie dans l’économie libérale sociale : le plein-emploi et la sécurité sociale en procès – répondent clairement à cette préoccupation.

Au commencement de notre histoire, chez les Grecs, nous saisissons, avec Hubert MFOUTOU, la question cruciale de la Démocratie et de la Tragédie. À partir de la première Antiquité, en effet, le prima accordé à la formation du citoyen, au sens de l’assignation de valeurs morales cardinales à l’homme, s’est constitué l’enracinement de la démocratie grecque. La consubstantialité de la politique et de la morale aura ainsi donné une assise à la constitution de la République. Suffit-il pourtant de se fonder sur un tel enracinement pour dire la tragédie grecque, telle qu’elle se pose dans l’Antigone de Sophocle, est d’orientation démocratique ? Au regard de Hubert MFOUTOU, l’absence de libertés, avec la survivance d’esclaves, ne saurait conduire à une telle affirmation. Autrement dit, vu que « la terreur est la loi de la gouvernance », l’ère tragique ne peut avoir de commune mesure avec le pouvoir démocratique. Somme toute, aux dires de l‘auteur, si « pour cela, parler de la démocratie chez Sophocle parait risqué si l’on ne s’en tient qu’à cette épreuve ou à cette marge livresque telle qu’elle est déroulée dans Antigone. ». Combien comprendre que les démocraties contemporaines doivent y saisir un enseignement capital, celui de ne jamais laisser s’échapper les fondamentaux de la constitution démocratique, au risque de basculer dans l’ère tragique ou de violence, de torture…

De la série d’articles sur le philosopher heideggérien, nous retenons, d’abord, avec OVENAGA-KOUMOU, que, relativement au grand penseur qu’est Friedrich Nietzsche, si plusieurs auteurs se sont « fourvoyés » quant à son véritable statut, Martin Heidegger reste l’un de ceux qui en ont perçu la vérité. C’est bien tout le sens de sa réflexion : Le génie de Heidegger dans l’exégèse de la volonté de puissance chez Nietzsche. Autrement dit, chez Heidegger pour qui l’essence du philosopher consiste dans la pensée de l’être, Nietzsche ne peut que se présenter comme l’un des grands philosophes de son temps, vu qu’en sa substantifique moelle, « la volonté de puissance » revêt une métaphysique de l’être.  En effet, si Friedrich Nietzsche est généralement considéré comme un simple littéraire, l’interprétation heideggérienne, surtout celle relative au concept-moteur nietzschéen, « la volonté de puissance », en vient à lui redonner ses lettres de noblesse en tant que Philosophe. Au-delà donc de son entente vulgaire qui lui assigne une simple recherche de Pouvoir, l’exacte compréhension qu’n donne Heidegger, elle-même accordée au sens proprement nietzschéen, la détermine comme expression de la métaphysique occidentale, celle de la subjectivité. L’auteur peut alors dire : « C’est plutôt dans le sens du dépassement de soi que Nietzsche voulait entendre ce qu’il convient d’appeler volonté de puissance, une sorte d’entreprise qui consisterait à lutter contre nos faiblesses intrinsèques et ce qui est la part animale en nous ».

Et cette Volonté de Puissance, caractéristique de la métaphysique nietzschéenne, poussant l’homme à se transcender, à aller au-delà de ses propres limites, n’est-elle pas à l’origine ou, ce qui revient au même, à l’œuvre, de nos jours, dans le trans/posthumanisme ? En suivant l’analyse de Rodreli KOUMBA, Le trans/posthumanisme et le projet d’immortalité : une exégèse heideggérienne du concept de mort, on ne saurait en dire autrement. S’il nous est donné de comprendre que le leitmotiv de ces mouvements de pensée réside en ce que ‘‘l’homme doit l’emporter sur la vieillesse et la mort, grâce au renforcement de ses cellules’’, il ne souffre aucun doute, selon l’auteur, que « leur projet, ambitieux et inédit, vise à transcender les limites biologiques de l’humain » ? Dans une telle perspective, ces doctrines, évaluées ou interprétées à la lumière du philosopher heideggérien, avec l’idée capitale selon laquelle « l’homme est un être-pour-la mort », « soulèvent de nombreuses interrogations éthiques et métaphysiques, révélant une compréhension parfois problématique de l’existence humaine ». La vigilance de la Pensée, elle-même articulée sur le regard critique, consiste à attirer l’attention de l’homme contemporain à ne point recevoir ces visions du monde dévoilant des illusions en leur essence mystificatrice.

Aussi, du même regard heideggérien ou à la lumière de sa pensée, ne nous est-il pas donné de comprendre voire de surmonter la problématique contemporaine Changement Climatique ? La réflexion proposée par Romuald SANKO et Antoine KOUAKOU autorise à dire que l’ontologie de Martin Heidegger, depuis toujours mise et remise en question par un nombre important de penseurs, apparaît fondatrice d’une éthique de l’existence. Pour les auteurs, « en effet, la question de l’Être n’est pas sourde vis-à-vis des pathologies qui menacent le monde contemporain ». Qui plus est, lorsqu’on pénètre en son fond la pensée de Heidegger, son cri en faveur de l’essence de la technique moderne, son invitation permanent à engager un rapport essentiel avec la technoscience, et surtout son interpellation vis-à-vis des errances causées par lesdites sciences au sujet de la nature, ce à partir du concept fondamental d’ »Arraisonnement » (mise en demeure de la nature, exploitation abusive de celle-ci), constituent une sonnette d’alarme. En somme, avec Heidegger, se révèle, selon les auteurs, « une méditation soucieuse de la santé de l’environnement en tant que lieu de séjournement de tout étant, en harmonie avec son être propre ».

L’être propre, à quoi renvoie-t-l si ce n’est l’essence de l’homme, la détermination intrinsèque de son Moi ! Et chez un auteur comme Emmanuel Levinas, c’est bien le Visage qui est révélatrice de cette profondeur humaine. Ainsi, aujourd’hui, face aux vagues et multiples conceptions de l’homme, Affloué Valérie-Aimée TAKI, dans l’adhésion intime au philosopher comme souci de son temps, engage une Herméneutique du visage chez Levinas face au narcissisme contemporain. À la lumière de sa réflexion, il demeure loisible d’affirmer, selon ses propres termes, qu’il y a, à l’époque contemporaine, « l’instrumentalisation à outrance de l’humain. Cela revient à dire que l’homme a perdu de sa valeur ». En réalité, cette perte de sens de l’humain, consignée ou fondée sur des idéologies individualistes, détournant l’homme de son prochain pour ainsi faire de soi-même le centre du monde, masque le danger de la fin de l’homme lui-même. C’est la raison pour laquelle l’auteure invite l’humanité toute entière, en lieu et place de « l’amour sans partage du Moi, dans le sens d’un narcissisme aveugle », à revenir à cet essentiel du philosopher lévinassien où le sens du Moi ne se dévoile que dans une sorte d’assujettissement à l’autre, et ainsi (re)trouver dans la profondeur éthique du Visage (du prochain), la plénitude d’être ou d’exister qui n’est rien d’autre que celle du plein accomplissement de l’humanité.

Comment, face à ce processus, ne pas évoquer la réalité d’une survie, expression d’une humanité aux prises avec les mécanismes de déshumanisation, les atrocités liées au chômage, à la rudesse du monde du travail ? Conscients de ces cris du monde présent et se faisant défenseurs de la cause de l’humain, Moulo Élysée KOUASSI et Kouassi Clément N’DOUA entreprennent une Phénoménologie de la survie dans l’économie libérale sociale… Aussi, en suivant leur analyse, saisit-on ce qui suit : La subsistance de crises multiformes qui secouent le monde, qu’elles soient d’ordre économique, politique ou sociales, etc., impose l’urgence, particulièrement en Afrique, de réformer, tant l’économie que l’éducation. Surtout, vu que l’éducation est et demeure le fondement de l‘émergence des nations, toute l’éminence et la prééminence doit être accordée à la réformé éducation, si, véritablement, les nations africaines veulent juguler, avec efficacité, le problème crucial du chômage, lui-même arrimé à la crise de l’emploi. « Mieux (pour utiliser les termes propres aux auteurs), la crise du travail et de l’emploi trouverait sa solution dans une véritable économie libérale sociale, enracinée dans une véritable philosophie de l’éducation pour l’avenir ». Une telle exigence se justifie, au cœur de cette Afrique, par le constat de l’inadéquation entre formation et emploi, grande faille de nos systèmes éducatifs.

Au cœur donc de ce numéro, les différentes contributions confessent clairement « l’existence comme souci de son temps » : Souci de la gouvernance, surtout de la pérennité de la Démocratie, souci de la vérité dans la tâche exégétique, attention aux bouleversements du monde à travers le trans/posthumanisme ; souci de l’environnement à partir d’une écosophie, écoute du monde contemporain en dénonçant les perversions d’un humanisme débridé ou d’un narcissisme de mauvais aloi, surtout celles du capitalisme contemporain. Somme toute, c’est bien là le sens de la Philosophie toujours soucieuse de son temps, de tout temps !

1. LA DÉMOCRATIE DANS LA TRAGÉDIE GRECQUE

Pierre Hubert MFOUTOU

Université Marien Ngouabi (République du Congo)

hubertmfoutou@gmail.com

Résumé : La tragédie grecque s’entend de la perte de vertu en politique et dans la cité entière. Si dans la première antiquité se laisse percevoir toute l’entreprise de construction éthique ou morale de l’homme et de la cité, il faut bien y voir, par la suite, la perte de l’au-delà (désignée par la chute des dieux), ce qui occasionne un véritable renversement de l’itinéraire de la pensée morale et politique. La politique se fonde sur la vertu et celle-ci trouve ses éloges dans l’action. Elle suppose une démocratie attentive à l’humain, au peuple, au semblable, au progrès perpétuel de l’histoire naturelle des hommes et des cités qui, dans la tragédie grecque, sont désormais en désuétude, jusqu’à commettre un grave crime : la mort de Socrate. La démocratie, dans la tragédie grecque, traduit ainsi la perte de sens prêtant le flan à la politique. Cette dernière se fonderait pourtant sur l’exigence d’un peuple vertueux et d’une démocratie apyrétiquement prospère, par laquelle les citoyens sont instruits sur le modèle du lien éducationnel, mais hélas ! Cette démocratie, jadis fondée sur la justice, l’équité et l’égalité, devrait rompre avec la démagogie et réinventer le rapport éthique et ontologique Homme-monde.

Mots-clés : DÉMOCRATIE, HOMME, POLITIQUE, TRAGÉDIE.

HEIDEGGER: DEMOCRACY IN GREEK TRAGEDY

Abstract : Greek tragedy refers to the loss of virtue in politics and in the whole city. If in early antiquity we can perceive the whole enterprise of ethical or moral construction of man and the city, we must subsequently see the loss of the beyond (designated by the fall of the gods), which brings about a veritable reversal of the itinerary of moral and political thought. Politics is founded on virtue, and virtue finds its glory   in action. It presupposes an alternative democracy to the human, the people, the other, to the perpetual progress of the natural history of men and cities, which, in Greek tragedy, are now in disuse, so that they commit a serious crime: the death of Socrates. Democracy in Greek tragedy expresses the loss of meaning that lends itself to politics. The latter would be based on the need for a virtuous people and an apyretically prosperous democracy, through which citizens are instructed on the model of the educational link, but unfortunately! This democracy, once founded on justice, equity and equality, should break with demagoguery and reinvent the ethical and ontological relationship between man and the world.

Keywords: DEMOCRATY, MAN, POLITIC, TRAGEDY.

Références bibliographiques

ARISTOTE, 1993, Politiques, trad. Pierre PELLEGRIN, Paris, Flammarion, 595 p.

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KELSEN Hans, 2004, La démocratie : sa nature, sa valeur, Paris, Dalloz, 122 p.

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MONTESQUIEU Charles (de), 1979, L’esprit des lois, Paris, Flammarion, 1222 p.

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NARBONNE Jean Marc, 2020, La démocratie dans l’Antigone de Sophocle, Paris, Vrin, 116 p.

PLATON, 2011, Apologie de Socrate, in Œuvres complètes, trad. Luc BRISSON, Paris, Flammarion, 2197, p.

RAWLS John., 2008, La justice comme équité, une reformulation de la théorie de justice, trad. B. GUILLAUME, Paris, Découverte, 290 p.

ROSANVLON Pierre., 2015, Le bon gouvernement, Paris, Seuil, 416 p.

SCHMITT Carl., 2009, La notion de politique, théorie du partisan, Paris, Flammarion, 324 p.

SOPHOCLE, 1999, Antigone, trad. Robert PIGNARRE, Paris, Flammarion, 200 p.

2. LE GÉNIE DE HEIDEGGER DANS L’EXÉGÈSE DE LA VOLONTÉ DE PUISSANCE CHEZ NIETZSCHE

Dimitri OVENANGA-KOUMOU

Université Marien Ngouabi (République du Congo)

dimitriovenanga@gmail.com

Résumé : Après avoir philosophé, Nietzsche a été profondément mésinterprété par sa postérité. Cela est peut-être dû au caractère abscons de sa pensée, caractère reconnu par la majorité de ses lecteurs. Cette mauvaise interprétation a atteint son paroxysme avec la question énigmatique de la volonté de puissance, à travers laquelle, on a fait de lui celui qui avait des ambitions autres que philosophiques. Heidegger est celui qui a pu mettre en lumière sa véritable stature de grand philosophe, non seulement pour l’avoir arraché des lectures plutôt littéraires, mais aussi d’avoir fait taire l’orientation politique qu’on a élevée sur sa pensée.

Mots-clés : ÉTERNEL RETOUR, VOLONTÉ DE PUISSANCE.

HEIDEGGER’S GENIUS IN NIETZSCHE’S EXEGESIS OF THE WILL TO POWER

Abstract : After having philosophized, Nietzsche was deeply misinterpreted by his posterity. This is perhaps due to the abstruse nature of his thought, a character recognized by the majority of his readers. This misinterpretation reached its climax with the enigmatic question of the will to power through which he was made to be the one who had ambitions other than philosophical ones. Heidegger is the one who was able to highlight his true stature as a great philosopher, not only for having torn him away from rather literary readings, but also for having silenced the political orientation that was raised on his thought.

Keywords: ETERNAL RETURN, WILL TO POWER.

Références bibliographiques

GRANIER Jean, 1982, Nietzsche, Paris, PUF, 128 p.

HAAR Michel, 2000, « La lecture heideggérienne de Nietzsche », in L’Herne Nietzsche, Paris, édition, pp. 263-276.

HEIDEGGER Martin, 1962, Le mot de Nietzsche « Dieu est mort », in Chemins qui ne mènent nulle part, trad. Wolfgang BROKMEIR, Paris, Gallimard, pp. 253-322.

HEIDEGGER Martin, 1971, Nietzsche, t.1, trad. Pierre KLOSSOWSKI, Paris, Gallimard, 512 p.

HEIDEGGER Martin, 1971, Nietzsche, t.2, trad. Pierre KLOSSOWSKI, Paris, Gallimard, 402p.

HEIDEGGER Martin, 2005, Achèvement de la métaphysique et poésie, trad. Adeline FROIDECOURT, Paris, Gallimard, 189 p.

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3. LE TRANS/POSTHUMANISME ET LE PROJET D’IMMORTALITÉ : UNE EXÉGÈSE HEIDEGGÉRIENNE DU CONCEPT DE MORT

Rodreli PEYENENI KOUMBA

Université Marien Ngouabi (Congo-Brazzaville)

rodrelikoumba67@gmail.com

Résumé : Les mouvements transhumaniste et posthumaniste sont souvent perçus comme des défenseurs de l’idée d’amélioration de l’humain. Leur projet, ambitieux et inédit, vise à transcender les limites biologiques de l’humain, notamment en retardant le vieillissement et en défiant la mort. En envisageant des humains cyborgs, mêlant biologie et cybernétique, ces mouvements soulèvent de nombreuses interrogations éthiques et métaphysiques, révélant une compréhension parfois problématique de l’existence humaine. Une évaluation critique du transhumanisme et du posthumanisme à la lumière des thèses heideggériennes permet d’explorer le sens de la mort et d’alerter sur les risques potentiels des ambitions humaines démesurées.

Mots-clés : DASEIN, HOMME, IMMORTALITÉ, TRANSHUMANISME.

TRANS/POSTHUMANISM AND THE PROJECT                                 OF IMMORTALITY: A HEIDEGGERIAN EXEGESIS                               OF THE CONCEPT OF DEATH

Abstract : The transhumanist and posthumanist movements are often perceived as defenders of the idea of human improvement. Their ambitious and unprecedented project aims to transcend the biological limits of the human being, in particular by delaying aging and defying death. By considering cyborg humans, mixing biology and cybernetics, these movements raise many ethical and metaphysical questions, revealing a sometimes problematic understanding of human existence. A critical evaluation of transhumanism and posthumanism in the light of Heideggerian theses makes it possible to explore the meaning of death and to warn of the potential risks of excessive human ambitions.

Keywords: DASEIN, HUMANITY, IMMORTALITY, TRANSHUMANISM.

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4. HABITATION ET CHANGEMENT CLIMATIQUE SOUS LE REGARD DE MARTIN HEIDEGGER

1. Zlankouapieu Romuald Icanor SANKO

Université Alassane OUATTARA (Côte d’Ivoire)

sankoromuald@gmail.com

2. Antoine KOUAKOU

Université Alassane OUATTARA (Côte d’Ivoire)

k_anthoyne@yahoo.ca

Résumé : Le monde est en danger d’effondrement. Le changement climatique n’est plus une manigance politique ni un égarement métaphysique. Il est une certitude expérimentée, ici et là, à travers les différentes parties du globe. En plus de se dévoiler comme un phénomène naturel, le changement climatique est aussi et surtout provoqué, accéléré par les agissements humains.  À ce fait humain, Heidegger donne le nom d’Arraisonnement qui, obnubilé par la calculabilité, consacre, comme à nulle autre pareille, l’oubli de l’Être. Fort de ce diagnostic, l’Habitation heideggérienne, en tant qu’élan poéthique, se donne au patrimoine universel, comme pensée pieuse capable de redorer l’image dévastée du monde.

Mots-clés : CHANGEMENT CLIMATIQUE, ÊTRE, HEIDEGGER, TERRE.

 

HABITATION AND CLIMATE CHANGE THROUGH THE WORKS OF MARTIN HEIDEGGER

Abstract : The world is in danger of collapse. Climate change is no longer a political ploy or a metaphysical error. It is a certainty experienced here and there, across different parts of the globe. In addition to revealing itself as a natural phenomenon, climate change is also and above all caused, accelerated by human actions. To this human fact, Heidegger gives the name of Arraisonnement which, obsessed by calculability, consecrates, like no other, the forgetting of Being. Strengthened by this diagnosis, the Heideggerian Habitation, as a poetic impulse, gives itself, to the universal heritage, as a pious thought capable of restoring the devastated image of the world.

Keywords: CLIMATE CHANGE, BEING, HEIDEGGER, EARTH.

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5. HERMÉNEUTIQUE DU VISAGE LEVINASSIEN FACE AU NARCISSISME CONTEMPORAIN

Affoué Valery-Aimée TAKI

Université Alassane OUATTARA (Côte d’Ivoire)

takiaimee@gmail.com

Résumé : L’humanité contemporaine, sous l’effet d’un humanisme indolore, est menacée d’un narcissisme émergent. Ainsi, face à ce phénomène, la question de recherche examinée est la suivante : Que faire pour amener l’homme contemporain à engager un rapport éthiquement soutenable avec l’Autre, à partir du concept lévinassien du visage ? Partant d’une démarche critico-analytique, la présente analyse vise à proposer une éthique où l’interprétation du visage incarne un appel à l’humanisme vrai et à l’hospitalité. Les résultats obtenus montrent, premièrement, que chez Levinas, le visage possède une signification herméneutique fondamentale qui oblige à voir l’Autre comme la raison de l’existence du soi.  Secondairement, que l’éthique implique une relation interpersonnelle où la notion de visage transcende la simple description phénoménologique pour proposer une vision transformative des relations humaines basée sur la responsabilité et l’accueil de l’Autre.

Mots-clés : ALTERITE, ÉTHIQUE, LEVINAS, NARCISSISME, VISAGE.

HERMENEUTICS OF THE FACE WITH LEVINAS FACED TO THE CONTEMPORARY NARCISSISM

Abstract : Contemporary humanity, under the influence of a painless humanism, is threatened by an emerging narcissism. Faced with this phenomenon, the research question is the following: What can be done to bring contemporary man to engage in an ethically sustainable relationship with the Other, based on the Levinasian concept of the face? Starting from a critical-analytical approach, the present analysis aims to propose an ethic in which the interpretation of the face embodies a call to true humanism and hospitality. The results obtained show, firstly, that in Levinas, the face possesses a fundamental hermeneutic meaning that obliges us to see the Other as the reason for the existence of the self.  Secondly, that ethics implies an interpersonal relationship in which the notion of face transcends mere phenomenological description to propose a transformative vision of human relations based on responsibility and the welcoming of the Other.

Keywords: OTHERNESS, ETHICS, LEVINAS, NARCISSISM, FACE.

Références bibliographiques

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6. PHÉNOMÉNOLOGIE DE LA SURVIE DANS L’ÉCONOMIE LIBÉRALE SOCIALE : LE PLEIN-EMPLOI ET LA SÉCURITÉ SOCIALE EN PROCÈS

1. Moulo Elysée KOUASSI

Université Alassane OUATTARA (Côte d’Ivoire)

landrewkoua91@gmail.com

2. Kouassi Clément N’DOUA

Université Félix HOUPHOUËT-BOIGNY (Côte d’Ivoire)

clemkouassi@yahoo.fr

Résumé : La faillite de l’État-providence, les crises du capitalisme, le chômage, etc., posent le sérieux d’une réflexion sur la phénoménologie de la survie dans l’économie libérale aujourd’hui. Face aux crises qui gangrènent les économies du monde, celles de l’Afrique, en particulier, il devient urgent de penser, d’une part, la nécessité d’une réforme des systèmes éducatifs jusque-là incompatibles avec les besoins et les nécessités contemporaines du travail, de l’employabilité, de l’entrepreneuriat, et d’autre part, la nécessité de réforme de l’ordre financier et des réformes agraires sur lesquelles devraient être bâties l’administration et l’éducation-formation. Dès lors, cette étude, adossée à la sociocritique et à la phénoménologie, vise à indiquer que les solutions aux crises de l’emploi, du chômage et de l’employabilité résident dans une réorientation de l’éducation. Mieux, la crise du travail et de l’emploi trouverait sa solution dans une véritable économie libérale sociale, enracinée dans une véritable philosophie de l’éducation pour l’avenir.

Mots-clés : ÉCONOMIE, EMPLOI, ÉTHIQUE, PHENOMENOLOGIE.

 

PHENOMENOLOGY OF SURVIVAL IN THE SOCIAL LIBERAL ECONOMY: FULL EMPLOYMENT AND SOCIAL SECURITY ON TRIAL

Abstract : The bankruptcy of the welfare state, the crisis of capitalism, unemployment, etc., raise the seriousness of a reflection on the phenomenology of survival in the liberal economy today.  Faced with the crises that plague the world’s economies, those of Africa in particular, it is becoming urgent to consider, on the one hand, the need to reform education systems that have until now been incompatible with the contemporary needs and necessities of work, employability, entrepreneurship, and on the other, the need to reform the financial order and agrarian reforms on which should be built the administration and education-training.  Therefore, the aim of this study, based on sociocriticism and phenomenology, is to show that the solutions to the crises of employment, unemployment and employability lie in a reorientation of education. Better still, the crisis of work and employment would find its solution in a true social liberal economy, rooted in a genuine philosophy of education for the future.

Keywords: EMPLOYMENT, ECONOMY, ETHICS, PHENOMENOLOGY.

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