RESPETH 1 2023
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SOMMAIRE
Avant-Propos : POURQUOI HEIDEGGER ?……………………………………2
PRÉSENTATION DU PREMIER NUMÉRO ……………………………….8
NYAMSI (Franklin), L’antihumanisme de Heidegger : éléments problématiques ………………………………………………90
POURQUOI HEIDEGGER ?
Dans la langue de sa pensée, Heidegger dit que l’Être est la présence du présent ; cela apparaît comme une explicitation de cette catégorie fondamentale de la métaphysique occidentale. Qu’une Revue scientifique, en terre africaine, soit consacrée à rendre explicite l’intuition du dernier des grands penseurs de l’être, n’implique pas moins une question importante qu’il faudrait immédiatement poser, à savoir : Y a-t-il un intérêt à réfléchir, avec Heidegger, sur le sens et la vérité de l’être, pour des êtres dont l’histoire consciente demeure encore très problématique dans l’imaginaire de beaucoup de blancs ? Cette question, en se la posant, ne s’inscrit nullement dans un conflit d’identité ou de capacité historiale ; elle vise plutôt à scruter un implicite qui structure tout grand philosopher : Le rapport de la conscience aux choses. Ce rapport ne peut être esquivé, sous aucun prétexte, pour autant que l’homme, quelle que soit sa particularité individuelle ou collective, ne peut pas ne pas comprendre que le point de départ de l’histoire s’inscrit nécessairement dans ce rapport. Au fond, au-delà de tout ce qui nous préoccupe, et qui peut parfois devenir objet de divergences ou même de conflits, souvent violents, il y a une chose qui nous détermine tous : nous sommes des consciences devant les déterminités. Et la conscience ne parvient à sa vérité que dans une appartenance essentielle au Concept, comme expression d’une pensée substantielle de son rapport aux choses. De ce point de vue, ce rapport n’est pas un simple rapport, il est si complexe qu’une complaisance à son égard influence négativement la marche dans l’histoire de tout peuple. La qualité de cette marche est donc déterminée par le sérieux et la profondeur avec lesquels l’on se pense dans la présence des choses. Husserl, dont la philosophie est une réappropriation de la conscience, dans son essentialité, nous permet de bien comprendre qu’une pensée rigoureuse ne peut se dispenser de la vérité de la conscience dans son rapport aux choses, d’où la nécessité fondamentale de l’époché, pour accéder au moi transcendantal ; car une conscience encombrée de psychologisme rend impossible l’effectivité exacte de celle-ci dans son intentionnalité. C’est la réduction transcendantale pour désobstruer le rapport de la conscience aux choses. Le retour aux choses ou « droit aux choses mêmes », comme idée substantielle de la phénoménologie husserlienne, est le retour de la conscience dans sa pureté originelle, seul gage pour rendre la philosophie, c’est-à-dire le Concept, à sa propre vérité, comme science rigoureuse. Le célèbre article de Husserl, La philosophie comme science rigoureuse, paru en 1911, en donne la pleine mesure. La conscience, étant le fondement premier de toute science, y compris la philosophie en premier, exige d’être pensée en soi, comme conscience transcendantale, pour donner au Concept toute la rigueur de son sens. La rigueur de la conscience, qui s’atteste dans la réduction phénoménologique, chez Husserl, traverse toute la pensée de Heidegger, qui l’enracine dans une expérience plus originaire et plus originelle, celle avec l’Être.
Quand j’essaie de faire attention à mon environnement, je vois les choses-ci : à côté, un chien ; devant, une maison ; plus loin, un arbre. Ces choses seraient-elles spécifiques à mon environnement ? N’existeraient-elles pas ailleurs, à des milliers de kilomètres, à Katmandou au Népal par exemple ? Si, mais, on pourrait objecter que mon chien n’est pas le même que celui du Népal. Sans doute, mais si on admet que mon chien et celui du Népal sont des chiens, il va sans dire que quelque chose de plus profond les détermine, de telle manière que, malgré l’évidente différence, ils demeurent des chiens. Notre pensée, qui les identifie comme chiens, se pose sur la réalité non perceptible, qui, dans sa profonde vérité, permet de déterminer le chien comme chien. Ainsi, la pensée, dans son propre, se conçoit et se fonde sur le non-présent, en tant qu’il est l’indéterminable dans le déterminable-présent. Et c’est là toute la pertinence du penser heideggérien. La tentation constante d’être envahie par le présent empêche la pensée de se déployer rigoureusement pour donner à la conscience toute sa vérité.
Penser la pensée, dans son appartenance à l’Être, pour la préserver de l’invasion de l’étance, reste une idée éternellement « jeune », qui implique, sans aucun doute, la préservation absolue de l’identité essentielle, sans laquelle, de toute évidence, rien de substantiel ne peut être construit, pour donner à l’histoire la plénitude de son sens. La question de la pensée est une question d’humanité qui ne saurait être circonscrite à une aire géographique, dans la mesure où le rapport de l’homme à l’étant est un rapport qui structure, de manière universelle, son existence.
Mieux, penser la pensée pour mieux la rendre à l’homme, afin de lui permettre d’habiter, dans la sérénité, la terre, où l’étant devient absolu, exige une méditation sur le rapport de l’étant à l’ être. Un rapport dans lequel l’étant est dans la dépendance de l’être. L’étant se structure dans une articulation nécessaire à l’être. Cette nécessaire articulation, disloquée par la métaphysique de l’étant, est si absolue que Heidegger, dès les premières pages de Être et Temps, fait le constat suivant : « La question de l’être est aujourd’hui tombée dans l’oubli » (Heidegger, 1986, p. 25). Mais au préalable, il n’a pas manqué de dire ceci, dont la gravité permet de mesurer tout l’enjeu de sa pensée : « Avons-nous une réponse à la question de savoir ce que nous voulons dire exactement avec le mot « étant » ? Aucunement. Dans ces conditions, il faut poser en termes tout à fait neufs la question du sens de l’être. Sommes-nous donc seulement aujourd’hui encore dans l’aporie de ne pas entendre l’expression « être » ? Aucunement. Dans ces conditions, le plus urgent, c’est de réveiller une entente pour le sens de cette question » (Idem, p. 21). Il s’agit, alors, de pousser à fond le rapport de l’homme au savoir pour qu’advienne et se maintienne, sans prétention et de manière définitive, son essence pensante, si tant est que rien ne peut possibiliser son existence, s’il n’est radicalement établi dans cette essence. Car, dit Heidegger, « savoir est la sauvegarde pensante de la garde de l’être » (Heidegger, 1958, p. 420). Cette garde, dans laquelle l’homme accomplit la splendeur de son humanité, n’est spécifique à aucune race et à aucun continent, sauf si nous admettions que la pensée ne serait pas le propre de l’homme. Pour avoir commencé en Grèce que Hegel qualifie comme le point lumineux de l’histoire universelle, la pensée, dans l’appartenance à son essence, comme objectivation rigoureuse et profonde de la conscience dans son rapport aux choses, déborde la seule Grèce, et poursuit sa marche radicale, vers le lieu essentiel où l’homme est pleinement chez soi. Peu importe la manière avec laquelle elle parvient aux peuples, qu’elle soit embastillée dans un impérialiste colonial, il nous faut l’accueillir, avec grande sérénité et lui permettre de croître dans le secret de sa puissance, qui rend puissants les peuples qui savent la contempler dans la splendeur de sa vérité. Là se trouve, paradoxalement, l’authentique chemin de liberté, parce qu’est libre celui qui se déploie dans la Libre-Étendue, où sont brisées les idoles de nos excessifs particularismes et de nos primitivités, dénuées du saut qualitatif, nous empêchant ainsi de saisir la profondeur de cette idée heideggérienne : Là où croît le péril, là aussi croit ce qui sauve. Ce qui suppose qu’il faut, dès la départ, écarter, avec une violence salutaire, l’idée d’une rationalité multiple, comme si « un plus un » feraient, ailleurs, autre chose que deux. La logique n’est ni culturelle, ni géographique, c’est le propre de l’esprit ; et l’essence de l’esprit, selon Hegel, réside dans la conscience de soi, conscience parvenant à son contenu comme Concept. Ce Concept est grec ; et nous sommes, pour ainsi dire, des Grecs. Serait-il scandaleux d’affirmer pareille chose ? Ne faudrait-il pas revendiquer autre chose que la grécité, surtout que la Grèce actuelle est menacée de faillite, en raison de profondes difficultés économiques ? Aussi, pourrions-nous ironiser, de telles difficultés ne trouvent-elles pas leur fondement ultime dans un certain « oubli de l’Être » ? Y a-t-il donc, aujourd’hui, honneur à défendre une filiation grecque ? En bonne logique non, pas pour des raisons de grandeur économique, mais parce qu’un Noir ne peut pas avoir un ancêtre Blanc, alors qu’il n’est pas mulâtre. Alors que veut dire « nous sommes des Grecs ? » Heidegger nous donne l’excellente réponse : « Grec, cela ne signifie pas, dans notre façon de parler, une propriété ethnique, nationale culturelle ou anthropologique ; grec est le matin du destin sous la figure duquel l’être même s’éclaircit au sein de l’étant et en laquelle une futurition de l’homme, qui en tant qu’historial, a son cours dans les différents modes selon lesquels elle est maintenue dans l’être ou délaissée par lui, sans pourtant jamais en être coupée » (Heidegger, 1958, p. 405).
Dans une Afrique, où, cinquante ans après les indépendances, pour la plupart des pays francophones, la question des États modernes demeure encore très préoccupante, en raison d’une appropriation non encore suffisante des concepts fondamentaux comme la justice, la liberté, l’égalité sociale et politique, la rigueur au travail, concepts à partir desquels se construit tout peuple viable, une entreprise comme RESPETH, qui s’élève dans l’horizon de la pensée de l’Être, n’apparaît pas seulement juste mais nécessaire. Bien qu’elle ne soit pas au centre de la pensée heideggérienne, la pensée des valeurs et des exigences sociales et politiques ne sous-tend pas moins la question de l’être, si tant est que c’est au cœur d’un humanisme fondamental, comme pensée de l’Être, qu’émerge et acquiert consistance tout humanisme classique, comme valeurs humaines à promouvoir et à sauvegarder. Il serait, alors, prétentieux, de croire que la présente œuvre donnerait des directives à l’action de l’homme ; une telle orientation est, simplement, aux antipodes de la pensée de Martin Heidegger, pour qui la pensée est en soi une action radicale : « La pensée n’est pas d’abord promue au rang d’action du seul fait qu’un effet sort d’elle ou qu’elle est appliquée à La pensée agit en tant qu’elle pense. (…) Cet agir est probablement le plus simple en même que le plus haut, parce qu’il concerne la relation de l’homme à l’être » (Heidegger, 1966, p. 68). Pourquoi ? Parce que là où existent des distorsions sociales et des horizons historiques confus, la pensée ne s’est pas suffisamment accomplie, c’est-à-dire l’homme n’a pas, avec vigueur et rigueur, porté son essence dans la seule relation, qui lui donne tout son contenu, celle de l’être. Ne serait-il pas alors bien étonnant de montrer, avec rage, comme l’a fait Emmanuel Faye, que Heidegger est un théoricien du nazisme ? Ne serait-il pas tout à fait injuste d’enfermer le grand penseur de l’Être dans une courte séquence de sa vie (Six mois rectorat sous le régime des nazis), alors même que la commission de « Dénazification » (France-Lanord, 2013, p. 320-326) a eu lieu depuis le courant des années 1945-1949 ! L’image intime du philosophe de la Forêt Noire, qu’il convient tenir fermement, détruit radicalement le rectorat sous le nazisme. Pas plus que son génie de pensée ne peut être discrédité par son son histoire d’amour avec Hannah Arendt, pas plus les accointances avec le nazisme ne peuvent remettre en cause la profondeur de pensée du dernier des grands philosophes de notre temps. Le génie n’est pas Dieu ; et la grande intelligence n’est pas canonisation.
« Le présent est le rassemblement ordonnant et sauvegardant du présent en sa présence chaque fois séjournante » (Heidegger, 1958, p. 444). Apprendre à sauvegarder le présent pour habiter, de manière sereine l’humanité de l’homme, telle est, pour nous, l’absolue nécessité inesquivable. Apprendre à penser, avec Martin Heidegger, ce n’est pas apprendre à spéculer, c’est apprendre à être radicalement humain ; seul l’humain pense en poète, c’est-à-dire la pensée qui élève l’homme dans une harmonie intégrale, parce que pensée de l’Être. Alors, reprenant Hölderlin, Heidegger pouvait écrire : « Plein de mérites, c’est pourtant poétiquement que l’homme habite la terre ». Puissent nos présents « Pas » demeurer dans l’ouvert irradiant de l’Être, pour qu’advienne l’effectivité historique du Concept Vivant.
Jean Gobert TANOH
PRÉSENTATION
« Pourquoi Heidegger ? » pour reprendre l’intitulé de l’Avant-Propos de Professeur Jean Gobert TANOH. Bien évidemment, cette question trouve sa pertinence à un moment donné de notre histoire universelle, où de violentes critiques surgissent de nombreux pourfendeurs du philosopher heideggérien. Bien plus, « Pourquoi Heidegger ? » à l’heure où il nous est annoncé le « Cahier noir », précisément Heidegger, la preuve du nazisme par le « Cahier noir » ? Tel est, en effet, le titre de l’ouvrage annoncé pour mars 2014, et à partir de laquelle, certainement, l’époque contemporaine pourrait enfin trancher si Heidegger a été un penseur égaré par une volonté de puissance destructrice passagère, ou si son itinéraire politico-intellectuel est le reflet d’une tendance perverse plus profonde. En fin de compte, pourquoi donc une Revue Spécialisée en Études Heideggériennes (RESPETH) ? Alors même qu’il est fait mention, en Europe, principalement en France, de la possibilité de soustraire les écrits de Heidegger des manuels scolaires !
Ne serions-nous pas en train de ramer à contre-courant, sinon d’édifier une philosophie du « Dés-ordre », au sens d’une pensée qui entre en op-position avec ce qui semble déterminer l’ordre mondial. Or qu’est-ce qui détermine l’ordre actuel de la pensée mondiale, si ce n’est la Pensée calculante ? Et qu’est-ce qui, en bonne logique, s’oppose à cette dernière, sinon la pensée méditante ! À partir de ce moment, ne se précise-t-il pas des pistes de réponse quant aux préoccupations sus-mentionnées ?
De fait, le chemin qui s’ouvre à nous semble dire ce qui suit : notre intérêt, pour Martin Heidegger, est fondé sur l’option d’une pensée fondamentale. Aussi l’analyse que propose Jean Gobert TANOH en est-elle une parfaite éloquence : De « L’Essence de la pensée comme méditation de l’Ouvert avec Martin Heidegger » correspond à l’essentiel du philosopher heideggérien. « La pensée est de l’Être, en tant qu’advenue par l’Être, elle appartient à l’Être. La pensée est ce qu’elle est selon sa provenance essentielle, en tant qu’appartenant à l’Être, elle est à l’écoute de l’Être » (Heidegger, 1983, p. 35). Et, de sa provenance essentielle, comment l’Être nous vient-il ? Quel langage l’Être emprunte-t-il pour proprement se dire ? Martin Heidegger, en tant que penseur essentiel, ne le saisissons-nous pas à travers sa réappropriation de la langue, pourrait-on même dire de la langue philosophique. Les révisions conceptuelles auxquelles il s’attèlera, comme pour réhabiliter la pensée essentielle tombée dans l’oubli, illustrent bien cela. Aussi l’« Appropriation de la langue chez Martin Heidegger : question de nationalité ou d’originalité ? », réflexion proposée par Antoine KOUAKOU, fait-elle le pas en faveur du fonds original heideggérien.
N’est-ce pas dans cette droite ligne que s’inscrit l’analyse d’Alexis Koffi KOFFI : « Heidegger et Sartre : Quelles conceptions de l’Être ? » Si, en effet, Heidegger se donne à être comme le Héraut éponyme de l’Être, c’est bien parce qu’entre tous les penseurs, il en a fait une approche substantielle. De là, particulièrement, se décèle sa différence avec Sartre. Toute chose qui fonde l’originalité de sa pensée. Par contre, à partir d’une remontée dans l’histoire, et ce dans son dialogue avec des grandes figures de la pensée philosophique, singulièrement avec Hegel, « Heidegger et la dialectique hégélienne de la négativité », tout en se donnant pour tâche fondamentale de clarifier la position de Heidegger sur l’approche hégélienne de la négativité, en vient à en montrer les limites. Et, aux yeux d’Abou SANGARÉ, si Heidegger reproche à Hegel un certain oubli de l’origine pure, elle-même consignée dans l’Être entendu comme fond abyssal, cela témoigne d’une vision restrictive du négatif hégélien, en référence même à la négativité abstraite du Temps qui ne relèverait ni du penser logique ni de la subjectivité finie. Dans cette perspective, un tel chemin de pensée, tout en dévoilant le sérieux du dialogue que RESPETH entend engager avec Heidegger, ne manque pas de lui restituer sa grandeur et ses limites. En clair, la Revue entre elle-même en débat avec le philosophe et les fonds inavoués et insoupçonnés de sa pensée.
C’est bien dans cette optique que se situe la réflexion de Franklin NYAMSI. « L’Antihumanisme de Heidegger : éléments problématiques » réactualise, à partir de la relecture de la Lettre sur l’humanisme, la problématique de l’antihumanisme de Heidegger. À partir des figures classiques de l’humanisme (romain, de la renaissance, des Lumières et celui contemporain de Marx et de Sartre), que le philosophe de Fribourg qualifie d’anthropologique, sinon d’inauthentique (en ce qu’ils évaluent pauvrement l’essence de l’Homme), l’auteur en vient à saisir la profondeur de l’humanisme heideggérien. Cet humanisme prend son sens dans la pleine disposition du Dasein à dire la vérité de l’Être. De plain-pied dans l’ontologie heideggérienne, comment s’empêcher de pousser la critique à fond, de la radicaliser ? Et, dans cette radicalisation, ne sommes-nous pas aux portes des limites de la pensée heideggérienne ? Entendre ici les « limites », non pas au sens limitatif, mais en tant que ce à partir de quoi une autre entente est offerte, ce sur quoi émerge de possibilités nouvelles ; c’est bien tout le sens de l’analyse de Séverin YAPO qui part « De la philosophie heideggérienne de la religion à une philosophie de la présence comme spiritualité ». Au fond, si la problématique ontologique, telle qu’elle se déploie chez Heidegger, reste dans une indécision ou indifférence quant à l’être des Dieux – « cette indécision comprend en elle la question – dans toute sa dignité de question : avant tout, est-il permis d’attribuer quelque chose comme « être » à des Dieux sans aussitôt dévaster tout ce qui a trait au divin ? » (Heidegger, 2013, p. 497) – Qu’est-ce que le divin ? À quoi comme possibilité nous ouvre une pensée du divin quant à la décision sur l’enjeu d’un lien de l’homme aux dieux, à Dieu et au divin : entre sur-humanisation et humanisation ? C’est aux rivages d’un tel questionnement que porte une réflexion sur le thème de la présence.
Somme toute, c’est la survivance même du religieux dans le philosopher de Heidegger, penseur de l’Être, qui semble autoriser à parler d’une philosophie de la présence. N’est-ce pas là le sens de tout philosopher ? « « La philosophie est de l’estre » (GA 66, 53). La philosophie porte sur ce qui vient à elle sans venir d’elle, elle porte sur ce qui, jusqu’à elle s’apporte, pour autant qu’elle sait s’y montrer réceptive. Cet apport vient de l’être, qui, ainsi entendu, se dit mieux « estre » pour indiquer ce qu’il y a là de déroutant ou de déconcertant. » (David, dansn Arjakovsky, Fédier et France-Lanord, (Dir.), 2013, p. 439). Entendu que, « quant à sa pleine essence, cette caractérisation historiale de la philosophie conçoit cette dernière comme pensée de l’estre » (Heidegger, 2013, p. 480), RESPETH devra œuvrer en sorte que ce qui est porté à l’apprésentation du monde, en sa présence telle, soit, toujours, comme une étoile au ciel de l’humanité. Du regard tourné vers un tel ciel, ne se profile-t-il pas l’image proventuelle d’un « Cahier blanc pour Martin Heidegger », signe visible de ce que l’assombrissement du monde n’égale jamais la Lumière de l’Être ?
Antoine KOUAKOU
L’ESSENCE DE LA PENSÉE COMME MÉDITATION DE L’OUVERT DE L’ÊTRE AVEC MARTIN HEIDEGGER
Université Alassane OUATTARA (Côte d’Ivoire)
tanohgobert@yahoo.fr
Résumé : À partir de la modernité, il s’agit de comprendre avec Heidegger, que l’essence de la pensée, au-delà de la représentation que lui donnent les Modernes, s’inscrit dans la donation recueillante de l’être. D’où la nécessité d’un accueil de l’être dans une pensée qui se fait poésie.
Mots-clés : HEIDEGGER, MODERNES, ÊTRE, PENSEE, POESIE.
The essence of thought as a meditation on the openness of being with Martin Heidegger
Abstract: From modernity, it is to understand with Heidegger, that the essence of thought, beyond the representation given to it by modern, fits in recueillante donation of the being. Hence the need of the being reception in a thought wich is poetry.
Key-words: HEIDEGGER, MODERNS, BEING, THOUGHT, POETRY..
Références bibliographiques
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APPROPRIATION DE LA LANGUE CHEZ MARTIN HEIDEGGER : QUESTION DE NATIONALITÉ OU D’ORIGINALITÉ ?
Université Alassane OUATTARA (Côte d’Ivoire)
Résumé : La philosophie de Martin Heidegger dévoile un corpus lexical qui ne manque pas de susciter des interrogations au nombre desquelles figure la problématique d’un nationalisme linguistique. En effet, tout le monde est unanime pour reconnaître que chez Heidegger, subsiste un pathos de la langue maternelle, voire un dessein hégémonique de l’allemand. Seulement, il demeure tout aussi difficile d’occulter cette autre réalité non moins essentielle : l’usage constant du grec, et surtout de l’allemand fait signe vers une quête d’originalité, d’authenticité même, et ce dans un monde où l’instrumentalisation discursive menace la Parole conçue comme enceinte de l’Être. Comment, dans cette démarche heideggérienne où sont mêlés nationalisme (parfois exacerbé) et quête d’une patrie (où, par la déconstruction de la tradition métaphysique, la Parole de l’origine ou le Dire essentiel soit commémoré), discerner le primat de l’originalité sur la nationalité, tel est ce qui est en jeu dans cette réflexion.
Mots-clés : LANGUE, HEIDEGGER, NATIONALISME, PAROLE, ORIGINALITÉ.
Appropriation of language in Martin Heidegger: question of nationality or originality?
Abstract : The philosophy of Martin Heidegger reveals a lexical corpus that does not fail to raise questions among which is the issue of linguistic nationalism. Indeed, everyone is unanimous in recognizing that with Heidegger remains pathos of the native language, even a hegemonic purpose of German. But it is also difficult to ignore the other no less essential reality: the constant use of Greek, and especially the German waved to a search of originality, authenticity itself and this in a world where discursive instrumentalization threatens the Word conceived as Being enclosure. How, in this Heideggerian approach where are mixed nationalism (sometimes exaggerated) and looking for a home (where, for the deconstruction of the metaphysical tradition, the Word of the origin or essential Say is remembered), discern the primacy of originality on nationality, this is what is at stake in this discussion
Key words: LANGUAGE, HEIDEGGER, NATIONALISM, WORD, ORIGINALITY.
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HEIDEGGER ET LA DIALECTIQUE HÉGÉLIENNE DE LA NÉGATIVITÉ
Université Alassane OUATTARA (Côte d’Ivoire)
abou_sangare02@yahoo.fr
Résumé : Heidegger, dans sa volonté de dépassement de la métaphysique, s’attaque à la pensée de Hegel qu’il entend déconstruire au travers du concept de négativité. Notre souci ici, loin de lui reprocher une étude incomplète de Hegel, est de montrer, contre lui, que la négativité est tellement prise au sérieux chez Hegel, que par delà la négativité logique, il expose une autre, non moins importante, que l’érudition de Heidegger ne peut invalider: la négativité abstraite du temps.
Mots-clés : ÊTRE, MÉTAPHYSIQUE, NÉGATIVITÉ, ONTOLOGIE, TEMPS.
Heidegger and the Hegelian dialectic of negativity
Abstract: Intending to go beyond Metaphysics, Heidegger reacts against Hegel’s thought, which is deconstructed by means of the concept of Negativity. Far from reproaching Heidegger with developing an incomplete reading of Hegel’s philosophy, my concern in this paper is to react against the former philosopher. Indeed, Negativity is of such premium importance in his thought that beyond the logical Negativity, Hegel exposes another one, called Abstract Negativity of time, which is no less important, as Heidegger’s notion of erudition cannot be invalidated.
Keywords: BEING, METAPHYSICS, NEGATIVITY, ONTOLOGY, TIME.
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HEIDEGGER ET SARTRE : QUELLES CONCEPTIONS DE L’ÊTRE ?
Université Alassane OUATTARA (Côte d’Ivoire)
Résumé Au fond la pensée heideggérienne se démarque de toute pensée existentialiste (notamment de celle de Jean-Paul Sartre), en ceci qu’elle s’édifie essentiellement en vue de l’Ȇtre, alors que la seconde reste uniquement sur le plan de l’homme. En cela, l’Ek-sistence heideggérienne ne saurait être réduite à l’existentialisme sartrien, contrairement à ce que l’on voulait laisser croire. Car pour autant qu’elle advienne d’un profond abîme, cette pensée originelle a toujours eu le souci de l’Ȇtre et non seulement de l’être humain.
Mots-clés : DASEIN, EXISTENTIALISME, ÊTRE, HERMENEUTIQUE, PHENOMENOLOGIE.
Heidegger and Sartre: what conceptions of being?
Abstract: Basically Heidegger’s thought out of all existentialist thought (including that of Jean-Paul Sartre), in that it is built primarily for the purpose of being, while the second is only in terms of the rights. In this, the Ek-sistence with Heidegger can not be reduced to Sartre an existentialism, contrary to what we wanted to believe. As long as it comes from a deep abyss the original thought has always been the concern of Being and not just humans.
Key-words: DASEIN, EXISTENTIALISM, BEING, HERMENEUTICS, PHENOMENOLOGY.
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L’ANTIHUMANISME DE HEIDEGGER : ÉLÉMENTS PROBLÉMATIQUES
Université Charles de Gaulle-Lille 3 (France)
Résumé : Le présent article est une enquête sur le dépassement heideggérien de la tradition humaniste à travers le nouveau regard que sa Lettre sur l’humanisme pose sur l’humanisme occidental. Il s’agit autant de comprendre la critique heideggérienne que de s’interroger sur son dépassement de l’humanisme vers une pensée de l’Être. Finalement, l’article questionne, à titre propédeutique, la validité d’une philosophie ultime de l’Être, comparée à une philosophie de l’Autre, comme celle d’un Lévinas par exemple.
Mots clés : HEIDEGGER, LEVINAS, L’ÊTRE, HUMANISME, L’AUTRE.
Heidegger’s antihumanism: problematic elements
Abstract: The aim of this paper is to show how the heideggerian philosophy tries to challenge the long humanist tradition, with a new insight in the history of metaphysics. The point is to understand firstly the heideggerian criticism of the humanist tradition, and secondly to listen the new meaning of the word Being in his philosophy. Finally, the third moment of this paper questions the validity of a philosophy of the Being compared to a philosophy of the Other as Levinas’s one.
Keywords: HEIDEGGER, LEVINAS, BEING, HUMANISM, THE OTHER.
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DE LA PHILOSOPHIE HEIDEGGÉRIENNE DE LA RELIGION À UNE PHILOSOPHIE DE LA PRÉSENCE COMME SPIRITUALITÉ
Université Félix HOUPHOUËT-BOIGNY (Côte d’Ivoire)
Résumé : La religion introduit à la spiritualité. La notion de « présence » permet de caractériser toute religion introduisant à la spiritualité. Cette réflexion relative au dialogue entre la philosophie de la religion et la pratique de la spiritualité s’appuie sur la critique de la philosophie de Heidegger quant à sa puissance de relier à la présence. Ses traits généraux constituent le corpus de la recherche. Son analyse montre que la philosophie n’est pas toujours explicite sur son potentiel spirituel. Ce potentiel y apparaît dans un mouvement double : dévoiler la relation de l’homme soit à la présence, soit au théologique. Les questions de relation, de divins, d’absence, et de présence sont autant d’éléments qui déterminent le potentiel spirituel d’une philosophie. Notre recherche a ainsi exploré les marqueurs de cette spiritualité.
Mots-clés : HEIDEGGER, PRÉSENCE, DIVINS, SPIRITUALITÉ, RELIGION.
From Heidegger’s philosophy of religion to a philosophy of presence as spirituality
Abstract: The religion introduces in the spirituality. The notion of « presence » allows to characterize any religion introducing in the spirituality. This reflection relative to the dialogue between the philosophy of the religion and the practice of the spirituality leans on the criticism of the philosophy of Heidegger as for its power to connect with the presence. Its general lines establish the corpus of the research. Its analysis shows that the philosophy is not still explicit on its spiritual potential. This potential appears to it in a double movement: reveal the relation of the man either to the presence, or to the member of a theology order. The questions of relation, divine, absence, and presence are so many elements which determine the spiritual potential of a philosophy. Our research so explored the markers of this spirituality.
Key-words: HEIDEGGER, PRESENCE, DIVINE, SPIRITUALITY, RELIGION.
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